

7 à voir
Dimanche 25 avril 2010 vers 22h40
En reportage : Arthur et sa soeur
Sur le plateau, Hubert, le papa de Arthur
Un magazine politique et de société proposé par la rédaction nationale avec l’appui des rédactions régionales de France3.

Si les bébés pouvaient parler...
Si les bébés pouvaient parler...
Szejer, Myriam
Bayard , Montrouge (Hauts–de–Seine)
collection La cause des bébés
Parution : août 2009
Cette réflexion porte sur le travail de M. Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste, auprès des tout–petits et des femmes enceintes qui ont décidé d’abandonner leur enfant. Elle dénonce des erreurs commises dans l’accueil et l’accompagnement, en se fondant sur l’éthologie et revient sur les échecs lors de l’adolescence, liés à un départ dans la vie difficile.
Il est temps de faire évoluer les pratiques qui accompagnent le début de la vie, de considérer le bébé comme un être de parole dès sa conception, de se convaincre qu’il est de notre responsabilité de fournir aux petits d’hommes des conditions plus favorables à leur humanisation. Il en va de la fragilité des adolescents, trop souvent enfermés dans la violence ou l’addiction, de l’équilibre de la société, en prise avec la dépression, et pour finir, de notre capacité à vivre ensemble.

Pr Emmanuel Hirsch
Pour une bioéthique démocratique
Pr Emmanuel Hirsch
Directeur de l’Espace éthique/AP–HP, professeur d’éthique
médicale, Faculté de médecine, Université Paris–Sud 11
Les états généraux de la bioéthique proposés depuis février 2009 contribueront, nous l’espérons, à une nécessaire pédagogie de la responsabilité partagée, à l’explicitation publique d’enjeux complexes, et ainsi au renforcement de valeurs communes susceptibles de fonder des choix trop souvent dépendants des évolutions biomédicales.
Dans le cadre de la loi relative à la bioéthique, le législateur s’efforce depuis 1994 de proposer un encadrement recevable à des innovations qui parfois bouleversent nos systèmes de références, nos modes de représentation, accentuant les sentiments de vulnérabilité face aux mutations qui mettent à mal les repères et semblent transgresser des règles, ne seraitce
que d’un point de vue anthropologique et juridique. Est–on persuadé que d’aménagements en aménagements, d’adaptations en adaptations, de concessions en concessions,nous serons encore capables de préserver demain les principes d’humanité là même où ils apparaissent les plus menacés ? À eux seuls, les quelques balises et interdits qui persistent encore ne sauraient nous exonérer d’une exigence d’humilité, de
lucidité et de rigueur, là où trop souvent la facilité est de céder face aux fascinations et aux promesses d’un progrès pourtant bien équivoque, notamment lorsqu’il accentue les fragilités et les injustices.
La gestion de crise dans la précipitation, la mise en demeure de décider dans un contexte où les effets d’annonce nous soumettent au fait accompli et aux menaces d’être coupables de renoncements préjudiciables à des causes qui justifieraient tout, constituent autant de stratégies qui pervertissent la concertation publique et incitent à privilégier les choix compassionnels au détriment de la justesse d’une argumentation réfléchie. Comment maintenir une position crédible de rigueur et de retenue, une capacité de veille et d’anticipation quand on se sait dépendant de dispositifs concertés ayant pour visée de détourner la moindre contrainte au nom d’une liberté de la recherche qui ne tolèrerait aucune entrave ?
J’attends de notre représentation nationale cette capacité,parfois, d’empêcher, selon la superbe formule d’Albert Camus : « Un homme ne fait pas ça. Non, un homme ça s’empêche »(Le Premier Homme).
L’article 2 de la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine, (Conseil de l’Europe, Oviedo, 4 avril 1997) est consacré à la Primauté de l’être humain. Il affirme : « L’intérêt et le bien de l’être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science. »
En pratique, l’intérêt direct de la personne prévaut–il
effectivement en toutes circonstances alors que d’autres enjeux, d’autres critères, d’autres urgences semblent
s’imposer ? Les finalités de certaines recherches visent elles effectivement des objectifs clairement établis et justifiés, ou ne relèvent–elles pas plutôt de logiques et de mentalités biomédicales éprises de performances, d’améliorations, de sélections dont on n’ose plus même interroger le sens et les conséquences ?
Il est significatif que les textes internationaux de bioéthique s’attachent désormais à renforcer les mises en garde à l’égard des dérives, abus, discriminations inhérents à un usage inconsidéré et parfois dévoyé de la biomédecine. Ces « actes qui pourraient mettre en danger la dignité humaine par un usage impropre de la biologie et de la médecine » ainsi qu’ils sont qualifiés dans le préambule de la Convention d’Oviedo.
À cet égard la génétique ne constitue qu’un aspect plus apparent que d’autres de menaces difficilement contestables exercées sur les droits de la personne et le respect de sa sphère privée.
Le concept même de responsabilité scientifique semble équivoque au moment où les capacités d’intervention sur le vivant sont susceptibles d’affecter l’intégrité de la personne, sa liberté, avec un impact direct sur la vie démocratique. Les neurosciences, à cet égard, justifieraient certainement une approche du législateur. On pourrait dès lors attendre davantage d’implication dans des domaines aussi sensibles de la part des instances en responsabilité de la recherche scientifique académique qu’elle soit publique ou privée. Leur devoir de vigilance et leur capacité d’intervention dans le champ de l’éthique appliquée à l’innovation scientifique, devraient justifier des initiatives qui ne sauraient se limiter à l’extension des compétences de certaines agences spécialisées ou à la démultiplication d’instances dites de régulation aux modalités d’action et aux finalités incertaines. Il me semble donc que la prudence justifierait d’autres approches de la bioéthique que celles limitées aux cercles spécialisés de la réflexion éthique ou au rendez–vous désormais rituel, tous les cinq ans, des révisions de la loi relative à la bioéthique. Un besoin de médiations, de compréhension, d’appropriation des enjeux et de participation responsable aux arbitrages politiques apparaît dans la société, souvent exprimé dans un sentiment paradoxal de défiance et de fascination ambiguë à l’égard de la science en général et des audaces de la biomédecine en particulier. De telle sorte que faute de la diffusion démocratique d’une culture de la réflexion bioéthique, les positions extrêmes risquent de conforter des postures de résistance, d’accentuer des clivages au sein de la société.Certains signes préoccupants en sont observables dès à présent.
Venons–en à quelques considérations immédiates que m’inspirent les quelques rapports déjà produits par des instances nationales dans la perspective des révisions de la loi relative à la bioéthique. Les conditions selon lesquelles une loi cadre aurait pour vertu de définir l’espace acceptable des investigations biomédicales restent à clarifier et à argumenter. Par ailleurs, déléguer l’ensemble des pouvoirs de l’instruction, de la décision et donc la totalité du contrôle à une agence apparaît à l’évidence incompatible avec les enjeux démocratiques qui devraient s’imposer à tous.
On le sait, l’autorité des prescriptions est discutable en matière d’approches bioéthiques, là où prévalent bien souvent les idéologies, les modes scientifiques du moment, des intérêts institutionnels quand ils ne sont pas ceux d’individualités ou d’équipe en particulier, ainsi que les pressions de toute nature.
La responsabilisation des acteurs doit être autrement soutenue que par des avis sentencieux ou des évaluations a priori soumises à des critères pas toujours convaincants et à des expertises dont il arrive qu’on mette en cause leur légitimité. L’exigence du questionnement et la mise à disposition d’outils nécessaires à des prises de décisions étayées et justes, dans le cadre d’une collégialité et de suivis adaptés, justifient l’émergence d’une culture partagée de la bioéthique. Mais la souhaite–t–on réellement ?
Il s’avère indispensable d’analyser les mutations constatées dans certaines démarches biomédicales plus souvent soucieuses de tentatives dites innovantes, de publications à fort impact, de compétitions économiques, que des véritables priorités en termes d’accès à des traitements là où l’urgence absolue imposerait la mobilisation des compétences et des moyens. Nos controverses sophistiquées apparaissent dès lors indécentes à ceux qui attendent de la biomédecine l’accès à des traitements vitaux pourtant disponibles. Les fondements ainsi que la vocation du soin ne sont–ils pas bafoués en trop de circonstances, au risque de considérer tolérables des mentalités, des procédures et des actes préjudiciables à l’idée même de dignité humaine ?
Ne conviendrait–il pas alors d’envisager de repenser nos valeurs et leur hiérarchie en ces temps d’indifférenciation, de cumul des connaissances, de précipitation de leurs applications et donc de soumission à un ordre qui semble échapper aux moindres tentatives de gouvernance ? Certains observateurs le constatent avec gravité : les pratiques limites de la biomédecine induisent des représentations de l’homme et de la vie qui abolissent progressivement les repères
difficilement conçus et acquis dans le combat des droits de l’homme, pour ne pas dire les principes mêmes de civilisation.
Dans un contexte à ce point incertain et, on le sait, dépendant de considérations et d’enjeux internationaux indifférents aux quelques règles de bioéthique auxquels nous semblons encore témoigner quelque attachement, il nous faut élaborer publiquement, par la médiation d’une approche pluraliste, argumentée, cohérente et transparente, les principes politiques nécessaires à la détermination de décisions fondées et respectées. Il y va d’enjeux démocratiques évidents, dès lors qu’il paraît acquis que le possible n’équivaut pas au permis et
que le préférable doit être pensé et déterminé selon des
arbitrages justes qui incarnent une conception forte de l’idée d’humanité. Une dynamique de la réflexion éthique devrait permettre au législateur d’adopter des choix d’autant plus justifiés qu’ils auront été précédés par un travail de sensibilisation, de formation et de concertation continu au plus près des pratiques, sans restreindre la consultation aux quelques experts convenus, peu désireux, on le constate, de pondérer leurs certitudes. À cet égard les missions et modalités de fonctionnement du groupe hétérogène que constituent les instances qualifiées d’éthiques justifieraient des clarifications et des explicitations. Aucune d’entre elles n’est du reste en mesure d’affirmer aujourd’hui que les résolutions solennelles ou les tentatives d’encadrement sont susceptibles de résister aux idéologies dominantes et aux logiques du marché des firmes investies dans la biomédecine. À cet égard la dérégulation actuelle du marché des tests génétiques est aussi grave que le tourisme de la greffe d’organes et de l’assistance médicale à la procréation.
Pour conclure, j’affirmerai qu’une certaine « éthique d’en haut » campée sur le promontoire des grandes idées ou des intérêts estimés supérieurs ne devrait pas mettre en cause les principes de « l’éthique d’en bas », de l’éthique ordinaire qui concerne
l’ensemble des membres de la cité pour autant qu’ils puissent prendre part aux échanges qu’elle justifie. Nous avons le privilège d’engager dans les prochaines semaines un concertation publique qui concerne nos solidarités, nos espoirs et nos ambitions dans le domaine si sensible de la biomédecine. Il y va de valeurs profondes qui touchent à la vie démocratique.
Je considère que tout doit être mis en oeuvre pour susciter un débat loyal et argumenté, mais également pour créer les conditions de sa pérennité dans le cadre d’instances et de procédures soucieuses des points de vue de la cité, afin d’inventer ensemble une bioéthique respectueuse des principes du vivre ensemble.
Sur la base des conclusions issues de ces états généraux de la bioéthique, il nous faudra peut–être avoir le courage de refonder la bioéthique si le constat posé faisait effectivement apparaître des carences, des manquements ou des renonciations préjudiciables à l’idée d’humanité.

Irène Théry en video
L’origine interdite
Contre l’anonymat des dons d’engendrement
la vie des idées.fr
par Nicolas Duvoux [08–05–2009]
Irène Théry met en cause la violence légale dans les pays où, comme en France, la loi prescrit l’anonymat des dons d’engendrement. Elle observe le décalage entre une réalité complexe et la définition d’un acte créateur délégué au seul médecin. Elle plaide pour que la société prenne ses distances avec le modèle normatif de la famille nucléaire.

JT France 3 Ile de france
Jeudi 07 Avril
Edition régionale 18h40 – 18h55
«Flash info».
Sur 3 à 5 minutes : Arthur sera seul en plateau interrogé par le présentateur du JT .

Article de Irène Théry paru dans Le monde 24 01 09
Irène Théry, directrice d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Changer le regard sur la filiation
Propos recueillis par Anne Chemin
L’année 2009 sera une année de débat sur la bioéthique, puisque les lois de 2004 doivent être révisées en 2010. Parmi les principes fondateurs de bioéthique figure l’anonymat du don. Vous estimez que, en matière d’assistance médicale à la procréation, il faudrait revenir sur cet anonymat, afin que les enfants nés d’un don de sperme ou d’ovocyte puissent avoir un jour accès au nom du donneur. Pourquoi ?
Irène Théry : Quand j’ai commencé à réfléchir à cette question, il y a une dizaine d’années, je n’avais pas d’opinion arrêtée. Mon souci de sociologue a d’abord été de m’informer, d’écouter, de comprendre. Depuis 2001, je collabore régulièrement avec le Centre d’aide médicale à la procréation (AMP) de l’hôpital de la Conception à Marseille et je me suis impliquée dans les débats de bioéthique dans la région, puis au plan national.
J’ai été très frappée par l’évolution des médecins et des psychologues. Autrefois, ils étaient tous pour l’anonymat, mais aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à changer d’avis. J’ai également suivi de près les témoignages diffusés par des associations créées, entre autres, par des enfants nés grâce à des dons et qui, devenus de jeunes adultes, luttent pour l’accès à leurs origines. Est–il normal de bafouer le droit fondamental de toute personne d’avoir accès aux informations la concernant ? Et de le faire de surcroît sur une question dont nous ne mesurons même pas le prix, tant il nous paraît normal de pouvoir y répondre : à qui dois–je d’être né ?
Lorsque les premières lois de bioéthique ont été adoptées, en 1994, le principe de l’anonymat du don s’était vite imposé. Pourquoi ?
En 1994, on a légalisé sans trop se poser de questions une règle déontologique qui avait été établie en 1973, pour leur propre gouverne, par les centres d’étude et de conservation du sperme. Rétrospectivement, on voit que la pensée de l’époque pose deux grands problèmes. Premièrement, on a raisonné par assimilation pure et simple des dons de gamètes avec les dons de sang, qui sont anonymes. Mais un don d’engendrement est tout à fait spécifique ! Il engage non pas deux parties, mais bien trois : le donneur, le receveur et l’enfant né du don. On a "oublié" l’enfant... Deuxièmement, on a érigé en modèle universel le seul don qui existait à l’époque, le don de sperme, sans penser que ce modèle masculin s’appliquerait très mal, voire pas du tout, à des dons féminins.
En outre, on avait une idée bien traditionnelle de ce don masculin. Car sur quoi s’est–on calqué sans y réfléchir ? Sur une très ancienne conception matrimoniale de la paternité. Grâce à la présomption "pater is est quem nuptiae demonstrant" ("le père est celui que les noces désignent"), un couple marié peut, depuis des siècles, avoir recours aux services discrets d’un amant en cas de stérilité du mari et faire passer celui–ci pour le géniteur. Il peut paraître étrange que la tradition des secrets d’alcôve et des pieux mensonges ait permis ensuite d’organiser les dons en AMP sur la fiction du "il ne s’est rien passé".
C’est qu’à l’époque 95 % des couples pensaient ne jamais dire à leurs enfants qu’ils avaient eu recours à une AMP. Il se trouve que personne ne pense plus comme cela aujourd’hui. Pourquoi persister, dans ce cas, à "éliminer" le donneur ? L’implicite de notre modèle juridique actuel, c’est que ce donneur est par nature le rival du parent pour une même et unique place. C’est une figure aussi potentiellement dangereuse pour le parent que l’est l’enfant pour lui, le donneur. Chacun a peur de l’autre, et le droit entretient ces peurs.
Quels étaient les arguments des pays qui ont décidé d’autoriser les enfants nés d’un don de sperme ou d’ovocyte à connaître l’identité du donneur ?
Au plan du droit, la grande innovation des pays qui ont levé l’anonymat – la Suède, l’Autriche, la Norvège, l’Islande, les Pays–Bas, le Royaume–Uni, la Belgique, la Suisse – est d’avoir su échapper à l’alternative classique sur le "vrai" parent, opposant le parent dit "biologique" et le parent dit "psychologique". En France, bien des gens qui se croient très radicaux se sont laissé prendre au piège de cette vieille alternative, quitte à nous expliquer qu’on fait des enfants par la toute–puissance de la volonté, le corps n’étant qu’"un moyen parmi d’autres" ! Rien n’est plus faux que de prétendre que les jeunes gens qui réclament le droit aux origines veulent "biologiser" la filiation : ces enfants ne cessent de dire qu’ils ont des parents, qu’ils les aiment et ils ne les mettent nullement en cause. Mais beaucoup ne comprennent pas la nouveauté de leur discours, qui nous incite à passer du "ou" au "et". Ces pays européens qui ont levé l’anonymat l’ont fait en distinguant et en liant de façon très simple deux statuts complémentaires : celui de donneur d’engendrement et celui de parent par la filiation.
Dans un avis rendu en 2005, le Conseil consultatif national d’éthique s’opposait à la levée de l’anonymat en affirmant que "les gamètes ne sont pas les parents". Qu’en pensez–vous ?
Le Conseil n’a pas compris ce qu’ont fait les autres pays. Le donneur, par définition, n’est pas un parent puisque le sens de son acte a été de permettre à d’autres de le devenir. Cet acte de don encadré par l’institution médicale est une invention de notre temps et doit être compris ainsi. Il ne peut acquérir une signification sociale et une véritable valeur morale que si son auteur n’est pas réduit à l’anonymat réservé aux choses honteuses. Le parent par la filiation, par définition, c’est le receveur de ce don, et il n’y a pas besoin d’en passer par la fiction d’une pseudo–filiation charnelle pour assurer la plénitude de son lien à l’enfant en termes de droits et devoirs idéalement indissolubles.
Ce raisonnement peut–il être transposé à la question des mères porteuses, qui sera abordée lors de la révision des lois de bioéthique ? La gestation suppose bien sûr une implication plus forte qu’un don de sperme ou d’ovocyte, mais peut–on, selon vous, comparer le statut de la gestatrice à celui du donneur, en disant qu’ils participent tous deux à l’engendrement de l’enfant, mais qu’ils n’en sont pas les parents et qu’ils n’en auront ni les droits ni les devoirs ?
Pour moi, il ne fait pas de doute que la gestatrice fait un "don d’engendrement", comme la personne qui donne son sperme ou un ovocyte. C’est pourquoi les gens montent facilement aux arbres quand on évoque cette hypothèse dans le contexte de l’anonymat actuel. Comment inscrire quelque chose d’aussi important qu’une grossesse de neuf mois dans une logique où l’anonymat du don signifie en réalité : "il ne s’est rien passé" ?
Si on prenait les choses dans l’autre sens, en disant : "il s’est passé quelque chose", alors on pourrait envisager posément à quelles conditions des engendrements impliquant plus d’un homme et d’une femme peuvent être organisés. Si on décide d’aller en ce sens, ce qui me paraît être la sagesse, alors je pense en effet qu’il sera possible d’aborder dans un état d’esprit beaucoup plus ouvert des sujets tels que la gestation pour autrui. Le lien entre ces questions est si fort que personne n’imagine une gestation pour autrui anonyme, à part des cliniques ukrainiennes dont les publicités sur Internet nous font froid dans le dos...
Je pense aussi que des questions traitées aujourd’hui de façon trop passionnelle en France, tel l’accès des couples de même sexe à l’AMP, seraient vues autrement, car on comprendrait mieux le sens de l’homoparentalité en général. Il serait enfin évident que ces couples n’ont jamais cherché à dénier l’asymétrie et la complémentarité des sexes dans la procréation.
Vous estimez que ce débat sur l’anonymat du don met en lumière les profondes métamorphoses de la famille apparues, au cours des trente ou quarante dernières années, en France et dans les sociétés démocratiques développées. Pourquoi ?
Nous connaissons d’autres situations où il y a plus d’un homme et d’une femme dans la vie d’un enfant, comme les recompositions familiales après divorce ou les adoptions. Dans les années 1960 et 1970, dans ces cas si différents, on a donné la même réponse qu’à l’AMP avec don. Toutes ces familles ont dû en passer par un modèle "assimilationniste", autrement dit, mimer la famille dite normale au prix de dénis, de secrets, de mensonges. Le beau–parent était censé adopter l’enfant, lui donner son nom, se faire appeler papa ou maman. L’adoption était le plus souvent cachée à l’enfant, qui n’avait pas accès à son dossier et pouvait lire sur le livret de famille qu’il était "né de" ses parents adoptifs.
Ces situations ne sont pas semblables, naturellement, mais toutes posent le même problème : malgré des avancées très réelles, nous n’avons pas encore réussi à penser un droit de la filiation qui soit à la fois commun à tous et pluraliste. Commun à tous, parce que son rôle est d’assurer à tous les enfants l’intégration dans un même système de parenté qu’il nous appartient de savoir faire évoluer. Pluraliste parce que nous valorisons la diversité des trajectoires biographiques des individus, ce qui exige d’organiser une pluriparentalité ordonnée, sans confusion des places ni des responsabilités.
Dans un tel contexte, on comprend que lever l’anonymat, c’est bien plus qu’ôter un cache sur un nom : c’est apprendre à changer de regard sur la filiation contemporaine pour affronter les nouvelles responsabilités qu’elle nous confère sans oublier que ce que nous devons au minimum aux enfants découle de ces mots de la philosophe Hannah Arendt : "Répondre à la question qui, c’est raconter une histoire."

UNE PAGE DE L’AMP SE TOURNE
par Blandine de DINECHIN
co–auteure de "né de spermatozoides inconnu" avec Arthur.
lundi 08 Décembre 2008
Les colloques sur la quête des origines se suivent et ne se ressemblent plus. Lors du colloque Gypsy qui vient de se dérouler à la Faculté de Médecine sous l’instigation du professeur FRYDMAN et de Madame FLIS–TREVES, il s’est bien sûr encore trouvé un médecin, le professeur SUREAU cette fois, pour dire en plaisantant qu’à cause de l’adultère, beaucoup de personnes ignoraient leurs origines. Cette année, le professeur MATTEI l’avait fait lors d’un colloque organisé par le centre Sèvres, et le professeur MERVIEL au Sénat. Cette argumentation « de bas étage », c’est le cas de le dire, ne tient pas la route déjà pour la simple raison qu’il n’y a pas eu de relation sexuelle présidant à la conception des enfants issus d’AMP. Personne ne s’y méprend. De plus, cet argument fait toujours bondir les jeunes issus d’AMP présents dans la salle car ils savent qu’en ce qui les concerne d’une part un appariement a, en principe, eu lieu entre donneur et couple receveur et que d’autre part leurs origines sont officiellement connues par d’autres !
En revanche, les donneurs qui se cachaient, comme le soulignait Arthur Kermalvezen dans son livre, commencent à parler. Au colloque du Cecos de Marseille comme au colloque Gypsy, des médecins de l’AMP disent officiellement ou laissent entendre qu’ils ont été donneurs. Le professeur SUREAU, quant à lui, a dit en public au colloque Gipsy, sur un ton passablement agacé, qu’on avait fait appel insistant pour le don de gamètes « à des étudiants en médecine comme aux pompiers de Port–Royal ». Don « généreux » comme le disent les Cecos ? Il fallait voir alors la tête des jeunes issus d’AMP qui se trouvaient à mes côtés ! La collusion entre médecins de l’AMP et donneurs est un fait désormais reconnu, ce qui peut partiellement expliquer la crainte de certains milieux face à une levée possible de l’anonymat des donneurs. La loi, pourtant, n’est jamais rétroactive…
EN CHAIR ET EN OS, AVEC UNE PAROLE…
Lors de son intervention, Arthur KERMALVEZEN, porte–parole de l’association « Procréation médicalement anonyme », a repris la proposition d’un anonymat jusqu’au 18 ans de l’enfant, puis d’une levée de l’anonymat à la demande de celui–ci à sa majorité, estimant que cela pouvait satisfaire toutes les parties concernées. Il n’y a pas lieu, a–t–il souligné, que le législateur opère une discrimination quant à l’accès aux origines personnelles à l’égard des personnes issues d’AMP par le seul fait de leur mode de conception. Discrimination d’autant moins acceptable d’ailleurs depuis la création du CNAOP en 2002 pour favoriser l’accès à leurs origines personnelles des enfants adoptés.
Dans une conversation avec le professeur FRYDMAN, qui se disait vouloir protéger prioritairement les couples et être prêt à encourager le système dit du « double guichet », Arthur a souligné combien ce système préconisé il y a quelque temps par Madame PECRESSE, qui fonctionne aux Etats–Unis, en Belgique et en Islande, excluait l’enfant de sa propre histoire, car, dans ce système, tout dépend du bon vouloir du donneur. Pourquoi l’avenir de l’enfant devrait–il dépendre à ce point de celui–ci ? De plus, l’éthique de responsabilité ne doit–elle pas se porter prioritairement au secours du plus vulnérable, à savoir l’enfant ?
On sait que ce système, dit « du double guichet » a été aussi pensé pour les couples demandeurs dont tout le monde sait que leur consentement n’est pas spécialement éclairé, quand ils sont en pleine souffrance liée à l’infertilité. Il n’a pas été pensé dans l’intérêt des enfants issus d’AMP. On peut donc dire qu’une page de l’AMP se tourne également parce que des jeunes issus d’AMP manifestent par leur seule présence que nous ne sommes plus en face de spermatozoïde ou d’ovule invisibles à l’œil nu. Ils ont une existence de chair et d’os, et une parole. Tout le monde l’avait oublié, finalement. Arthur ne me disait–il pas au sortir du colloque Gypsy : « je serais venu en haillons, ils auraient dit que j’allais mal et auraient pensé que ma parole n’avait aucun poids ; et quand je viens sapé, ils pensent : puisqu’il n’a pas de problème, quel est donc son problème ? »
Sur le plan strictement médical, le laboratoire SCHERING–PLOUGH (ex Organon) a publié une plaquette intitulée «Risques génétiques et épigénétiques en assistance médicale à la procréation». Un sujet qui a d’ailleurs été abordé lors de la 9ème journée sur l’AMP de l’Hôpital américain de Neuilly. C’est bien le signe que la génétique n’est pas rien, quoi qu’en disent les détracteurs de l’accès aux origines. Je suis désormais convaincue qu’une certaine forme d’inconscience vis–à–vis des enfants issus d’AMP anime leurs propos. Inconscience que n’ont plus certains grands praticiens de l’AMP, tels Israël NISAND qui a écrit dans les actes du colloque : «Ce qu’il y a à entendre de la part des enfants issus des techniques d’AMP avec anonymat du donneur, c’est la difficulté que certains rencontrent lorsqu’ils découvrent qu’une information sur leur «origine» existe quelque part chez les médecins et qu’ils n’y ont pas accès. Leur demande d’explication se heurte au contrat et à l’engagement des médecins de tenir les auteurs de dons dans l’anonymat. Les médecins justifient d’ailleurs cet anonymat pour l’avenir par l’effondrement du don qui serait provoqué par la levée de l’anonymat. L’argument est –faut–il le reconnaître ?– d’une grande faiblesse. A tout le moins, la prise de conscience de l’embarras psychologique créé ici ou là devra amener à se reposer la question de l’intérêt des enfants que nous mettons au monde par ces techniques».
Propos auxquels Monsieur Serge HEFEZ adhère à sa manière : «S’il est un droit à organiser, c’est bien celui de la connaissance de sa propre histoire, qui passe par le droit de connaissance de ses origines, même si ce besoin de vérité n’est pas la même chose que tout savoir ! Mais, surtout, plus nous ferons vivre certaines familles en dehors du monde de la normalité, plus les peurs, les colères, les révoltes, les incompréhensions de l’enfant vont être uniquement attribuées à l’hostilité sociale.»
Lorsque le responsable du département d’éthique médicale de l’hôpital Béclère a demandé à Arthur s’il était favorable à l’arrêt du don de gamètes en France, celui–ci a répondu simplement que des couples demandeurs d’AMP, conscients de ce qui était en jeu pour l’enfant à venir, allaient désormais en Suisse où l’anonymat était levé à la majorité de l’enfant issu d’AMP si celui–ci le souhaitait.
DES ORIGINES QUI SOURDENT, AUXQUELLES RESTER SOURD ?
Enfin, m’est apparu un dernier point lorsque des écrivains juifs se sont exprimés, notamment Monsieur GRIMBERT qui a évoqué son magnifique livre « Un secret ». La violence inouïe de ce que leurs familles ont vécu conduit certains à préférer la fiction romanesque plutôt que la réalité. Certes, on peut le comprendre car l’écriture a valeur thérapeutique. Mais il est regrettable qu’ils disent renoncer, à cause de cela, à des origines dont ils doivent et peuvent être fiers. Et ils soulignent, du coup, que l’origine génétique c’est sans importance ! Pourtant, tout ce qu’ils disaient, montrait entre les lignes à quel point ils étaient pétris d’un passé aussi riche que traumatique. Ecoutons Hélène CIXOUS : « ceux dont le lot est de devenir acrobate sans fil peuvent seul témoigner de la douleur fantôme qui les habite ». Ou Geneviève BRISAC : « Ne pas se poser de question était la réponse, un peu comme les vers de terre sectionnés continuent leur route. Et soudain la politesse est battue en brèche par le temps qui, lui, n’est pas poli ».
Monsieur GRIMBERT a pourtant évoqué « la culpabilité dont les descendants vont hériter, dans le roman familial, quand les choses ne sont pas dites ». Je songeais alors au tabou de l’infertilité dans les familles qui ont eu recours à l’AMP et aux conséquences possibles…
Une page de l’AMP se tourne inexorablement aussi grâce à tous les propos tenus. S’il reste des personnalités défavorables à la levée de l’anonymat des donneurs comme Madame DREYFUSS–NETTER, juriste, il se trouvera toujours quelqu’un dans la salle pour la contredire. Au colloque Gypsy, une femme de 70 ans s’est levée en se présentant comme née sous X ; elle a souligné que, jusqu’à la fin de ses jours, elle rechercherait ses origines. Monsieur HEFEZ ne disait–il pas, en forme de réponse finalement à Madame DREYFUSS–NETTER : «A charge pour nous de retravailler nos théories du développement à partir de la complexité des situations relationnelles et non de plaquer nos théories pour décrypter ces situations.»
Si les religions en tant que telles n’étaient pas convoquées au colloque Gypsy, comme l’a regretté un participant, elles étaient en réalité omniprésentes. Madame ZONABEND lui a répondu que, pour le judaïsme, l’Iad ne posait aucun problème ; en revanche, pour le don d’ovocyte, la donneuse doit être célibataire et juive. Dans son livre, Arthur, pour sa part, exprimait un double questionnement : celui de ses parents chrétiens ayant eu recours à l’AMP avec tiers donneur alors que l’Eglise n’y est pourtant pas favorable. Et son questionnement à lui à travers sa volonté de rester ouvert à toutes les religions, au cas où son donneur serait d’une autre religion que la sienne…
PAS DE METISSAGE SANS ORIGINES RECONNUES
Enfin, ce que raconte Arthur dans son livre en termes de souffrance (il n’en est plus là aujourd’hui) est bien le lot d’autres jeunes issus d’AMP. Deux frères nés d’une IAD en cabinet médical privé étaient présents au colloque Gypsy. Ils n’ont pas pu supporter certains propos tenus lors du colloque, dont ceux du professeur KUNSTMANN qui s’est mis à parler en public de l’histoire des parents d’une jeune femme IAD de l’association PMA, parents qu’il ne connaît pas, comme il en a convenu, après que la sociologue Dominique MEHL ait lu le témoignage de celle–ci. La gynécologue qui a inséminé la mère des 2 jeunes IAD refude de donner toute information sur le donneur. Ce refus, motivé par la crainte d’éventuelles retombées eu égard aux termes actuels de la loi, est vécu par eux comme un scandale. Eux qui ont été conçus hors Cecos, hors du cadre, hors la loi …
On peut supposer que, si la loi à propos de l’anonymat ne change pas en France, des procédures en justice vont être entreprises… Qui donnera tort à des enfants –devenus adultes, issus d’abord du désir de leurs parents mais aussi des progrès de la science– lorsqu’ils dénonceront l’interdiction, à ce jour légale, d’accès à leurs origines personnelles du seul fait de leur mode de conception, origines pourtant connues officiellement par d’autres?
Hommes et femmes de lettres, hommes et femmes de science, présents au colloque Gypsy, comment pouvez–vous proclamer qu’il ne faut pas attacher tant d’importance que cela aux origines, alors que vous n’avez fait que parler des vôtres ? Ainsi, Evelyne Bloch–Dano, vous qui êtes biographe, vous avez écrit dans les actes du colloque : « Je persiste à croire à la liberté de chaque individu, et à son droit de ne pas se réclamer de ses origines. (…) Et, surtout, je dénie à qui que ce soit le droit de me questionner. – Vous êtes d’où ? Vous êtes née où ? Et vos parents ? Et votre nom, c’est de quelle origine ?– Sans doute parce que les miens eurent à les afficher et à en payer le prix… »
Eh bien, je suis convaincue que votre « noblesse de l’esprit » (titre d’un ouvrage de Thomas Mann qui a fui comme son frère l’Allemagne nazie), hommes et femmes de lettres, hommes et femmes de science qui m’avez touchée profondément, vous conduira, les premiers, à entendre le cri des partiellement « privés d’origine » que sont les personnes issues de dons de gamètes. De par leur mode de conception, ils savent comme vous que leur origine ne se réduit pas au nom qu’ils portent. Comme vous, ils n’aiment pas certaines questions. Pourtant ils aimeraient, comme vous, pouvoir transmettre à leur tour, en connaissance de cause et d’histoire.
Pour reprendre l’exceptionnelle leçon de langage d’Hélène Cixous, merci d’avoir fait sourdre votre Source (« Quelle ») qui fait votre Tourment (« quälen ») mais aussi votre immense Qualité (« Qualität »). Le métissage, auquel dit aspirer Evelyne Bloch–Dano et dont nous sommes tous les témoins, ne se fait pas dans la confusion, la dissolution ou l’effacement des origines.

le Monde 24 novembre 2008
Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste
Texte sur l’origine à la suite du Forum Monde
Le principe d’anonymat des donneurs gamètes est désormais inscrit dans la loi. A l’article L.1211–5 du Code de la santé publique on lit : « Le donneur ne peut connaître l’identité du receveur, ni le receveur celle du donneur. Aucune information permettant d’identifier à la fois celui qui a fait don d’un élément ou d’un produit de son corps et celui qui l’a reçu ne peut être divulgué ». La messe est dite… Ce texte –associé à d’autre articles– verrouille la connaissance des origines pour les enfants conçus grâce à l’assistance médicale à la procréation avec dons. Quant aux sujets appelés « donneurs », tout se passe comme s’ils avaient donné un « médicament » destiné à combattre l’infertilité ; l’insémination artificielle par donneur (IAD) est d’ailleurs prise en charge par l’assurance maladie à condition que la demande parentale du couple infertile soit conforme à la définition actuelle (couple hétérosexuel, cohabitant depuis au moins deux ans). Le législateur a escamoté un évènement hautement chargé de sens: l’enfant est réputé être né de ses parents, même s’ils sont tous les deux infertiles… Par un tour de passe–passe, la filiation avec dons de gamètes a été rattachée à la filiation charnelle, et ceci sans jugement à la différence de la filiation adoptive. En incitant le parents à adopter une position qui pérennise l’illusion d’être les géniteurs alors qu’ils ne le sont pas, la loi est devenue complice d’une tentative d’annuler la portée symbolique de l’acte procréatif. La société bénéficie maintenant du recul d’une génération pour l’IAD : les parents et leurs enfants, adultes pour nombre d’entre eux, s’expriment soit au sein d’associations, soit auprès du législateur, soit en écrivant des livres, soit au cabinet d’un psy. Je constate pour ma part que loin de chercher un père dans le donneur ils semblent surtout curieux de lui (de sa photo, de son métier, de ses motivations, du nombre de ses enfants), cette demande constituant pour eux un moyen de mieux se comprendre et d’étayer leur sentiment d’identité de façon plus stable. Mais leur souffrance la plus vive –c’est frappant chez tous– c’est que quelqu’un (une institution médicale en l’espèce) en sache plus sur eux qu’eux mêmes. Ils se sentent des citoyens de seconde zone, les seuls – ceux qui sont nés « sous x » ont un recours possible auprès du Cnaop (Conseil national pour l’accès aux origine personnelles)– auxquels on oppose une sorte de « secret d’état ». Réfléchissons à une contradiction inhérente au « dogme » français de l’anonymat : on bien on considère l’origine biologique ou génétique comme peu importante pour un individu; alors pourquoi cacher cette part corporelle de manière obsessionnelle ? Mais si, à l’inverse, cette origine est nécessaire à la santé physique et morale de l’adulte et de sa descendance, pourquoi en effacer la trace ? Comment répondre à des questions classiques que pose un médecin sur les antécédents d’eczéma, de diabète, d’hypertension, de cancer etc.? Trente cinq ans après le début de l’IAD une nouvelle grille de lecture devient nécessaire afin d’évaluer la bienfaisance ou, tout au moins, la non malfaisance du principe d’anonymat. Il convient d’écouter ce que disent de cette « expérience » les intéressés eux mêmes : adultes qui, pour certains d’entre eux, sont déjà eux mêmes pères et mères de famille ; mais aussi leurs parents qui souvent les soutiennent…, sans oublier les donneurs de sperme qui s’expriment quand ils ont l’occasion. Comme psychanalyste, je ne pense pas qu’il soit bénéfique à qui que ce soit de faire l’impasse sur le « don de corps » que reçoit un enfant conçu par don de gamètes, encore plus s’il est né d’un d’embryon donné par un autre couple que celui de ses parents! Un « projet parental » moderne ne peut se comprendre que s’il prend en compte la composante volontaire, mais aussi charnelle, du lien entre parents et enfants. Un projet parental capable d’inclure le « don d’hérédité » dont ont bénéficié ces enfant (le Doyen Carbonnier nommait « donneur d’hérédité » l’homme qui fait un don de sperme). A côté des parents, il existe désormais – et de plus en plus depuis l’AMP avec dons– d’autres figures nécessaires à la venue au monde d’un sujet humain, des figures génitrices qui font partie de sa vérité biographique. L’expression de “droit aux origines” est un slogan qu’il convient d’affiner. A la suite des travaux de Ricoeur nous savons que l’identité de chacun se construit par la capacité qu’un sujet peut avoir de mettre en intrigue son passé, de traduire son histoire sous forme de récit ; il lui faut pouvoir s’“originer”, mettre son histoire en perspective, une perspective humaniste, et non vétérinaire. C’est de « droit à l’histoire » dont il s’agit. Encore faut il qu’elle ait un début. La loi bioéthique sera révisée pour la deuxième fois à la fin de l’année prochaine. A la première révision, le sujet de l’anonymisation des donneurs de gamètes n’avait même pas été abordé. N’évitons plus ce questionnement d’autant que la procréation médicalement assistée « offre » de plus en plus de nouvelles possibilités en matière d’anonymat des « parents d’origine », dont le protocole de l’euphémique «accueil d’embryons»… Une saine éthique de la reproduction suppose d’avoir la possibilité de connaître l’identité de ceux qui ont participé à la mise au monde d’un sujet humain. Il ne faut pas que ce savoir soit confisqué.

Audition du 10 juin 2008 à l’Assemblée Nationale
« Accès aux origines ou anonymat ? » de Geneviève Delaisi de Parseval
Au début de la pratique de pratique de l’IAD les questions éthiques et psychologiques de l’évaluation de la règle d’anonymat tournaient principalement autour du fait de savoir s’il protégeait de façon satisfaisante le couple qui vivait l’épreuve de la stérilité masculine, surtout le père. J’ai gardé le souvenir d’un séminaire organisé par le Pr David au Centre Sèvres, chez les jésuites en 1982 ;nous étions à l’époque 4 ou 5 autre psy à y participer. La question du devenir des enfants conçus ainsi n’était que peu évoquée, le risque de faire naître des psychotiques ayant été d’emblée écarté. C’était essentiellement de l’intérêt des adultes dont on se souciait de manière prioritaire à ce moment–là –et pour cause, les enfant nés étant alors très jeunes.
Trente ans après une nouvelle grille de lecture semble nécessaire pour évaluer l’innocuité ou non de l’anonymat du donneur de sperme vis à vis des parents et des jeunes adultes conçus ainsi qui sont, pour certains d’entre eux, déjà pères et mères de famille eux mêmes. Nouvelle grille de lecture capable de mettre en en lumière l’intérêt de ces anciens enfants mais qui permette également de jeter un éclairage différent sur l’intérêt des adultes impliqués (celui des parents et grands parents d’enfant nés de dons, mais aussi celui des donneurs).
Inutile d’insister sur le fait la société a considérablement changé en trente ans, particulièrement dans des domaines voisins de celui sur lequel nous réfléchissons en ce moment (la loi sur les archives par exemple de 1978 a facilité l’accès des usagers aux documents administratifs et aux archives publiques, la loi qui a créé créant la CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés, la CADA etc.)
Mais l’exemple le plus significatif à ce sujet est la création en 2002 du Cnaop pour les cas d’abandons anonymes d’enfants, dit « accouchement sous x ». L’ initiative de cet organisme prend en compte le fait qu’un individu peut évoluer au cours de sa vie et qu’une décision prise à l’âge de 20 ou 30 ans peut prendre un autre sens en fonction des évènements de la vie future. Il est fondé sur le fait que l’accès aux origines personnelles est sans effet sur l’état civil et la filiation : ni droit, ni obligation au profit ou à la charge de qui que ce soit n’en découle
Il existe surtout, depuis ces trente années, un élément spécifique au sujet de l’AMP avec dons de gamètes, particulièrement à l’IAD, domaine où nous bénéficions du recul d’une génération : les parents et les enfants devenus adultes – parlent, soit au cabinet d’un psy, soit au sein d’associations. J’entends notamment qu’ils n’ont pas forcément eu de difficultés avec leur père qui est leur vrai papa mais que cela ne gomme pas pour autant la question du géniteur anonyme. Leur malaise se situe d’ailleurs souvent vis à vis de leur mère qu’ils ressentent comme toute puissante, responsable pensent ils souvent des conflits du couple. On note aussi chez certains un manque de confiance vis à vis des adultes : avant la révélation ils disent souvent avoir imaginé quelque chose de trouble au sujet de leur conception ; certains avaient fantasmé à côté de la plaque (adoption, adultère de la mère). L’un d’entre eux, dit qu’il se sent partout un « imposteur »(il s’agit de quelqu’un qui a particulièrement bien réussi dans la vie). Ainsi, ce n’est pas forcément ou pas seulement l’absence d’identité du donneur de sperme qui les a fait souffrir. La souffrance la plus vive de ces jeunes adultes étant que quelqu’un (une institution) en sache plus sur leur intimité qu’eux mêmes.
J’ajoute que depuis les années 80 quelques donneurs s’expriment eux aussi quand ils en ont l’occasion : ils disent que leur consentement de l’époque n’était peut être pas tout à fait éclairé au sens où on leur avait dit qu’ils donnaient seulement des cellules, et qu’ils réalisent maintenant que c’est un peu plus que ça.., ne serait ce qu’en en parlant avec leurs propres enfants, adultes maintenant.
Je voudrais insister sur le fait que dans ce débat un point est souvent source de malentendu. C’est le suivant : il n’existe à l’évidence dans notre société qu’une seule filiation, celle qu’institue la loi. Représentation que confirme de manière probante la clinique de l’IAD : quasi tous les protagonistes disent que leur père, c’est le conjoint de leur mère, celui qui a consenti à l’IAD. Le terme de « père biologique » voir de « vrai père » souvent entendu est en ce sens trompeur ; c’est d’ailleurs une forme de lapsus qu’on rencontre davantage chez les professionnels (dans le congrès, ou chez les commentateurs) que chez les intéressés. Les enfants nés par IAD , je lai dit, loin de chercher un père dans le donneur, semblent surtout curieux de lui (sa photo, ses motivations le nombre de ses enfants), cette demande constituant pour eux un moyen de mieux se comprendre et d’étayer leur sentiment d’identité de façon plus stable. Soulignons à ce propos une contradiction inhérente au « dogme » français de l’anonymat : on bien en effet on considère la vérité biologique comme peu importante comme le soutiennent ceux qui insistent sur la prépondérance de l’amour et de l’éducation ; alors pourquoi la cacher cette part corporelle de manière obsessionnelle ? Mais si à l’inverse cette vérité biologique est si grave, si importante pour le devenir de l’enfant, pourquoi chercher à en effacer la trace? On sait que nier quelque chose ne fait qu’accentuer le poids de ce que l’on cache. La psychanalyse pour sa part a montré qu’un dispositif qui reconnaît le statut de quelqu’un pour, dans le même temps, l’annuler, met en œuvre un mécanisme psychique pathologique bien connu qui s’appelle le déni (comme dans le déni de grossesse). Pour la psychanalyse, le corps n’est pas un morceau de chair ; c’est parce que l’individu est un sujet parlant qu’il peut habiter son corps, que ses organes, ses gamètes mêmes, ont un sens. Il faut arriver à penser la place des « porteurs des vecteurs biologiques de parenté », de ces porteurs de « suppléments de père et de mère »). En bonne logique de retour du refoulé, ce qui a été « mis à la porte » «revient par la fenêtre »… sous formes de questions ou de symptômes qu’on n’a pas le droit d’ignorer ou d‘écarter d’un revers de main. Ainsi c’est l’anonymat qu’on entretient sur l’identité de l’homme qui a donné du sperme qui lui donne une place considérable et non le contraire.. Les intéressés – quand ce n’est pas le père lui même– finissent en effet parfois par penser que c’est le donneur, le « vrai père » et que c’est cette raison qu’on cache son identité ! Le géniteur risque alors d’être idéalisé, l’anonymat s’avérant en ce sens totalement contre productif. Le choix de savoir ou celui d’ignorer, pour soi et son enfant, doivent rester libres. Sans quoi l’enfant ne sera qu’illusoirement protégé et le parent injustement infantilisé.
Je voudrais également souligner que le principe d’anonymat, en proclamant l’indifférence, l’interchangeabilité des gamètes, prive l’enfant conçu ainsi non seulement d’une partie de son histoire, mais aussi d’une partie d’humanité. Cette interchangeabilité est d’ailleurs parfaitement contradictoire avec l’appariement phénotypique: à la fois on dit que les gamètes ne sont rien mais en même temps on n’apparie pas un blanc et un noir, un A+ et un O– etc.
Une troisième voie peut permettre de penser le lien familial dans une famille composée après dons de gamètes ; non dans l’idée d’établir un quelconque lien de filiation entre les donneurs et l’enfant, mais pour respecter l’humanité de ces conceptions et ne pas nier le fait que ces enfants sont nés de géniteurs et de génitrices identifiés – sujets qui sont d’ailleurs parents eux–mêmes, c’est précisément pour cette raison qu’on les a sollicités ou qu’ils se sont proposés.
Comme psychanalyste, je ne pense pas qu’il soit bénéfique à qui que ce soit – pas plus aux donneurs de gamètes qu’aux parents et enfants receveurs – de faire l’impasse sur le « don de corps » que reçoit un enfant conçu par IAD. On ne peut pas faire comme si l’ascendance biologique ou génétique compte pour rien dans la « vérité biographique » d’un individu. Un projet parental moderne ne peut se comprendre que s’il prend en compte la composante volontaire, mais aussi charnelle, du lien entre parents et enfants. Un projet capable d’inclure le « don d’hérédité »dont ont bénéficié ces enfant. Un projet qui ne gomme pas ou ne tienne pas pour négligeable l’ascendance génétique ou corporelle de l’histoire d’un enfant conçu ainsi.
Ainsi, en termes contemporains le débat origines/ anonymat se pose à mon sens bien davantage en terme d’histoire que d’origines, l’expression de « droit aux origines » souffrant –je l’ai dit, d’une assimilation erronée au registre biologique (quasi vétérinaire avec l’idée de traçabilité. La vérité sur la question des origines ne se résume pas à la levée d’un « cache » sur un nom. L’identité narrative – dans le sens qu’a donné Paul Ricoeur à ce concept montre qu’il s’agit toujours d’une vérité à construire pour un sujet, d’une « co–narrativité ». Loin de se cantonner à une vérité biologique, elle participe de l’histoire de chacun. L’identité de toute personne se construit par la capacité qu’elle peut avoir de mettre en intrigue son passé, de traduire son histoire sous forme de récit. Encore faut–il pour cela que l’histoire ait un début. En ce sens, une saine éthique de la reproduction suppose pour moi de pouvoir connaître l’identité de ceux qui ont participé à leur mise au monde.
Troisième voie qui est désormais parfaitement réalisable ; j’ai cité la possibilité d’un conservatoire des origines, à l’instar du Cnaop. Mais il existe d’autres voies, telle celles utilisées par, par la loi néo–zélandaise de 2004, ou la Loi fédérale Suisse votée en décembre 1998 sur la procréation médicalement assistée qui dispose que :« Tout sujet conçu grâce à un don de sperme pourra obtenir à partir de sa majorité, ou plus tôt avec l’accord de ses parents, l’identité complète de l’homme qui a donné du sperme ». Nous pourrions avec profit nous inspirer du préambule de cette même loi qui a inscrit dans ses Principes: « La procréation médicalement assistée est subordonnée au bien de l’enfant. C’est de l’intérêt de l‘enfant dont la loi française devrait désormais se soucier en priorité. Pas seulement celui des seuls adultes.
Dans la plupart des pays du monde qui ont une pratique d’AMP, l’anonymat est une question discutée et évolutive. Au terme de plus de trois décennies de pratique de l’IAD, il est temps que la France arrive à historiciser cette clinique et à l’envisager selon une approche neuve qui permette au législateur de reconsidérer le principe de l’anonymat des donneurs de gamètes adopté en 1994 et jamais réexaminé par la suite. Souhaitons qu’il ne soit plus nécessaire à l’avenir de faire l’impasse sur l’existence des donneurs, d’accumuler des fictions sur les actes de naissance afin de donner une apparence de normalité à la parenté. Dans une société pluraliste le débat éthique doit rester ouvert. Il y a place pour que dans notre pays l’innovation éthique (selon l’expression de j–p changeux) puisse se manifester au cours d’un débat éclairé qui soit constamment réactualisé. On peut savoir gré à l’Office parlementaire d’avoir organisé ces débats.

Les Pinocchio des hommes de science
par Blandine de Dinechin
La plupart des artistes réalisent un jour que leur œuvre les dépasse. Ceux qui la contemplent aussi. Il en est ainsi des parents lorsqu’ils mettent au monde un enfant. Il n’est jamais tout à fait comme ils l’avaient pensé ; il n’est pas non plus leur propriété, loin s’en faut. Pour sa part, Geppetto a pris conscience qu’il ne maîtrisait plus sa création, son Pinocchio qui a alimenté bien des rêves parce qu’il a pris ses libertés avec son maître. Dans le débat actuel sur l’assistance médicale à la procréation avant la révision de la loi de bioéthique, il se passe exactement la même chose. Ceux–là même qui ont participé à la conception par artifice de nombreux enfants sont dépassés par leur œuvre, tout comme les couples qui ont bénéficié d’AMP.
J’en veux pour preuve ce qui s’est passé lors de l’audition publique du 10 juin 2008 à l’Assemblée nationale organisée par Messieurs les députés Clayes et Vialatte. Plusieurs Pinocchio étaient présents dans la salle. Tandis que des médecins citaient les chiffres de l ‘AMP, demandaient davantage de crédits pour la recherche, continuaient à discourir sur le bien–fondé de l’anonymat des donneurs (si on change une pièce du puzzle, c’est tout le puzzle qui sera remis en cause), je voyais nos Pinocchio bondir sur leur chaise, rougir, tempêter. J’avais déjà entendu dire que ces Pinocchio conçus par insémination artificielle avec donneur, arrivés à l’âge adulte, gênaient ceux qui avaient présidé à leur conception, leurs parents y compris. Je l’ai vérifié de visu.. N’était–il pas risible de voir des spécialistes continuer à parler comme s’ils n’y étaient pour rien dans la colère de leurs « créatures » ?
On reproche à ces Pinocchio qui réclament d’avoir accès à leurs origines de ne pas être reconnaissants vis–à–vis de leurs Geppetto, à savoir les médecins des Cecos, sans lesquels ils ne seraient pas venus au monde. Comment remercier des médecins détenteurs d’un secret d’origine qu’ils ne sont pas en droit de divulguer ? Je n’aimerais pas être à leur place de tout–puissants ! Nous sommes responsables de cette toute–puissance des médecins comme nous sommes responsables de l’absence de suivi des couples demandeurs d’AMP et des enfants qui en sont issus, comme nous sommes responsables de la déresponsabilisation des donneurs par l’anonymat. Raison pour laquelle nos Pinocchio sont en colère et disent, comme l’a fait Arthur lors de l’audition publique : « Imaginez qu’on vous offre un bouquet de fleurs et que vous lisiez sur la carte de visite « anonyme », vous seriez assez dépité ! Qui remercier pour ces fleurs qui vous faisaient plaisir ? De deux choses l’une : ou vous avez envie de jeter le bouquet à la poubelle, ou bien vous allez rechercher qui vous l’a offert !…»
La loi de bioéthique ne pourra plus être pensée sans que nos Pinocchio soient écoutés par les hommes de science et de loi. Il est à espérer que les débats préalables permettront un changement des mentalités quant à l’infertilité. Parce que l’infertilité est tabou, de nombreux parents cachent encore à leurs enfants leur mode de conception. Pourtant les couples infertiles s’interrogent toujours sur le devenir de leurs Pinocchio au moment où ceux–ci s’inscrivent à leur tour dans une dynamique de procréation et de transmission.
Geppetto était tellement fier de son travail –il y avait de quoi, d’ailleurs !– qu’il n’avait pas vu les choses venir. Il n’avait pas saisi que son œuvre prendrait des libertés. Il regardait son pantin avec une naïveté sans pareille : vous connaissez tous le regard bonhomme de Geppetto, un peu comme l’était celui du cher Jean Rostand… Il le maniait avec des ficelles, de ci de là, sans se préoccuper du lendemain. Les Pinocchio d’aujourd’hui gênent les hommes de science qui aimeraient bien poursuivre tranquillement leurs travaux sans que personne ne les dérange. Et surtout pas Pinocchio ! Ils sont passés à autre chose, la gestation pour autrui... De temps en temps, une parole vraie échappe à l’un d’entre eux comme à Axel Kahn le 10 juin : « donner son sperme ne demande pas un effort considérable, alors que donner un ovocyte c’est vraiment autre chose… ». Tiens donc !...

SOULEVER DES TABOUS
Blandine de DINECHIN – 10 avril 2008
Après la rédaction du livre « Né de spermatozoïde inconnu » avec Arthur Kermalvezen (Presses de la Renaissance), Blandine de Dinechin, conseillère conjugale et familiale à « Couples et Familles », fait part de ses réflexions.
Accoucher d’un livre, c’est un peu comme accoucher d’un enfant. Il ne nous appartient plus, même si nous souhaitons qu’il prenne sa place dans l’univers surpeuplé des médias, des librairies et du débat public… Après la publication de « Né de spermatozoïde inconnu » que j’ai rédigé avec et pour Arthur Kermalvezen , le témoignage de ce jeune de 25 ans conçu par IAD a reçu un très large écho médiatique. Les spécialistes –journalistes, médecins, psychanalystes et sociologues, théologiens et politiques…– ne s’y trompent pas : ce livre fera date car il s’agit du premier témoignage en France d’une personne conçue par IAD qui milite pour l’accès à ses origines génétiques.
OSER DIRE
Il est trop tôt pour évoquer toutes les suites. J’en entrevois quelques–unes grâce aux échos reçus par l’association « Procréation médicalement anonyme » (voir son site) dont Arthur est le porte–parole. Des témoignages de donneurs, d’enfants conçus par IAD ou de parents y ayant eu recours, ne cessent de lui parvenir. Ils corroborent le plus souvent quelques points évoqués dans le livre :
– L’infertilité reste tabou et c’est regrettable. Comment faire pour que ce tabou soit levé ? L’AMP comme moyen de cacher son infertilité : en sommes–nous encore là ?
– Les donneurs de sperme ont toujours de bonnes raisons de donner, autres que la générosité ; « Enfants du don », les enfants de l’AMP, comme l’évoque Dominique Mehl, sociologue, dans un récent ouvrage ? Quand acceptera–t–on de reconnaître que personne ne fait un don de cellules reproductrices par hasard ?
– Lorsque les parents lèvent le secret de leur mode de conception, les enfants se heurtent au mur de l’anonymat des donneurs ; comment peuvent–ils alors exercer une parentalité positive s’ils ne peuvent pas répondre pleinement à leurs enfants ?
– Si les parents ne sont pas d’accord pour révéler le secret, un événement d’importance, comme le décès du père, peut conduire la mère à révéler à l’enfant que son père n’était pas son géniteur ; quelles conséquences psychologiques ?
– Enfin, alors que l’IAD est un procédé scientifique institutionnalisé depuis plus de 35 ans, il n’existe à ce jour aucune étude sérieuse sur le devenir des enfants conçus de la sorte ; comment cela se fait–il ?
– Quant au vécu des couples demandeurs, il reste très douloureux. La fédération des Cecos parle dans sa charte de la possible présence de CCEF pour accompagner les couples. Dans la réalité nous sommes quasiment absents des centres concernés alors que les CCEF sont particulièrement formés à l’entretien avec des couples. Comment faire ?
– Et les médecins, qualifiés par Arthur de « collabos de l’anti–deuil », que disent–ils le plus souvent ? Lors d’un colloque à Paris sur les demandes d’AMP, j’ai entendu le professeur Mattéi utiliser, comme le font nombre de médecins dans divers débats, l’argument de l’adultère (beaucoup de personnes ignorent en réalité qui est leur géniteur) pour se prononcer contre la levée de l’anonymat des donneurs de sperme. Ces propos qui font toujours passagèrement rire le public ne sont pas très sérieux. En effet, en cas d’AMP, le donneur est connu avant son anonymisation et ce sont les médecins des Cecos qui sont gardiens des informations identifiantes sur les donneurs. En vertu de quoi maintenir ce pouvoir médical ? Crainte que les centres manquent de donneurs si la loi change ? L’anonymat des donneurs est–il vraiment dans l’intérêt de l’enfant ? Serge Tisseron, qui a immédiatement accepté d’écrire la postface du livre « Né de spermatozoïde inconnu », s’élève pour sa part contre l’institution qu’il compare à la Castafiore.
LES FAILLES D’UN SYSTEME
Le témoignage des parents d’Arthur qui ont eu trois enfants par IAD, de trois donneurs différents, figure dans le livre. Il traduit le vécu douloureux d’un couple face à l’infertilité, évoque toutes les étapes de l’attente puis de la révélation du secret de la conception. Pour ma part, j’ai particulièrement frémi lorsqu’Arthur m’a envoyé par courriel la photo du donneur qui s’est manifesté auprès de lui après l’avoir vu à la télé. Arthur en parle dans le livre. Internet permettra un jour ou l’autre ce que la loi actuelle n’autorise pas encore. Aussi, au risque de me tromper, le projet que Madame Valérie Pécresse avait soumis au Parlement avant les élections devrait être réétudié en lien avec tous les partenaires concernés. Non seulement pour tenir compte de l’intérêt de l’enfant qui, une fois adulte, craint de s’engager dans la vie conjugale car il ignore pour partie d’où il vient génétiquement. Mais aussi parce que le système mis en place par le professeur David il y a 35 ans, sans doute valable en son temps, comporte de vraies failles : comment admettre de nos jours qu’un don de sperme puisse donner lieu à la naissance de dix enfants (et non plus cinq !), avec tous les risques ultérieurs de consanguinité que cela comporte si l’anonymat des donneurs est maintenu ? En Grande–Bretagne, un mariage a été annulé car les mariés ont découvert qu’ils étaient frère et sœur, jumeaux !
« Famille à tout prix » –c’est le titre du dernier ouvrage de Geneviève Delaisi de Parseval– pourquoi pas, mais à quel prix ? Les interrogations sont multiples. Pour Arthur comme pour Claude Sageot–Chomel, pycho–sociologue, qui a préfacé son livre, la question fondamentale reste celle des origines. Ce dernier déclarait récemment à la radio : « Le don de la vie entraîne la dette de vie. Vis–à–vis de qui l’enfant conçu par AMP va–t–il pouvoir honorer sa dette de vie, s’il ne connaît pas la personne à l’origine de cette vie ? ». Les juristes, eux, parlent d’un « défaut d’information ». Pour les sceptiques, Claude Sageot–Chomel ajoutait: « celui qui ne semble pas se poser la question de ses origines est dans le déni de son histoire pour des raisons de survie. »
En conclusion, je dirais que l’écriture et la lecture peuvent avoir une fonction thérapeutique comme l’entretien de conseil conjugal et familial. Tous les témoignages qui parviennent à l’association « Procréation médicalement anonyme », certainement libérants pour leurs auteurs, montrent bien qu’entre marge et lignes du livre d’Arthur chacun, chacune peut revisiter une part enfouie de son histoire, de sa généalogie. Il n’y a pas de « qui suis–je ? » sans un «d’où je viens ?»

Le mystère des graines à bébé
Serge Tisseron, Aurélie Guillerey
Albin Michel Jeunesse
Nouveauté à paraître en mars 2008
Petit Paul est tout content car il vient de découvrir comment on fait les bébés.
Mais ses parents lui disent : « Petit Paul chéri, pour toi ça ne s’est pas passé du tout comme ça. On ne sait pas comment te l’expliquer… »
Heureusement Chouette, Eléphant, Lézard et Pingouin lui dévoilent le mystère des techniques médicales qui aident les parents à avoir de beaux bébés !
Un album indispensable pour aider les parents à trouver les mots afin de raconter simplement l’ amour, la conception et aussi la procréation médicalement assistée.
A partir de 5 ans

Geneviève Delaisi de Parseval – Famille à tous prix – Editions du Seuil
Geneviève Delaisi de Parseval poursuit ici sa réflexion sur la famille contemporaine commencée il y a vingt–cinq ans dans L’Enfant à tout prix. À partir de son expérience clinique de l’assistance médicale à la procréation, elle s’adresse principalement à ces nouveaux parents pour les aider à s’y reconnaître dans ce paysage extrêmement complexe. Que faire quand « ça » ne marche pas ? Mais aussi quand « ça » marche ? S’agit–il d’une grossesse comme les autres ? Faut–il – et comment– parler aux enfants de la manière dont ils ont été conçus? Comment se représenter l’apport des donneurs de gamètes ? Après avoir comparé les lois en vigueur dans différents pays du monde, Geneviève Delaisi de Parseval propose au législateur français des mesures concrètes destinées à renouveler le débat bioéthique.
C’est le livre que l’on attendait sur la révolution familiale engendrée par l’assistance médicale à la procréation.

L’identité génétique de la personne : Entre transparence et opacité
Valérie Depadt–Sebag et Pascale Bloch
Editeur : Dalloz octobre 2007
Les auteurs de cet ouvrage ont pour objectif commun de permettre un panorama de l’état du droit privé relativement à la question de la transparence des origines génétiques de la personne, notamment des connaissances qu’elle peut avoir de ses origines.
Les articles se suivent dans l’ordre chronologique de la vie d’une personne, de sa conception jusqu’à son décès, en s’arrêtant sur les moments où ses origines génétiques peuvent influer sur certains aspects de son existence : son état civil, sa filiation, son mariage ou sa santé. De cette façon, la cohérence ou l’incohérence du droit français sur la condition juridique des personnes face à la question de leurs origines génétiques sont mises en relief.

Enfants du don : Parents et enfants témoignent
de Dominique Mehl
Sociologue au CNRS
Editions Robert Laffont
Parution Janvier 2008

La grossesse incertaine
de Luc Roegiers
Ed le fil rouge
Luc Roegiers propose ici une réflexion autour du prénatal dans cette psychiatrie périnatale.
Il apporte, et c’est le point fort du livre, une réflexion éthique sur cette période, notamment parce qu’elle fait intervenir le corps médical.
Parents, enfant à venir mais aussi soignants forment une équation moderne qui encadre le mouvement de la naissance, la grossesse étant «le produit de choix assumés conjointement par les professionnels de santé et les parents».
La question de la procréation médicalement assistée et du planning familial est le fer de lance de tout un niveau de réflexion qui en découle, et auquel invite l’auteur.
S’y confrontent l’éthique du sujet, de l’individuel (les parents, l’enfant) et l’éthique médicale, l’éthique d’un savoir qui va constituer l’enveloppe d’un choix, celui d’avoir un enfant, et à quel prix.

Espace Ethique de l’APHP – Editorial de novembre 2007 sous la direction de M. le Pr Emmanuel HIRSCH.
L’infertilité, une expérience singulière.
Dr Pauline Tiberghien
Face au soignant, s’articulent et s’entrechoquent la blessure narcissique de l’homme ou de la femme infertile, la frustration douloureuse de son conjoint et un projet de couple qui vacille. Fragilisés dans leur intimité, les couple infertiles peuvent mettre alors un espoir sans limite dans la science et une confiance aveugle dans le pouvoir médical. Leur parcours n’est pour certains que désillusions, et sortir de la spirale de l’échec devient parfois un but en soi. Au désir d’être parent se substitue rapidement le besoin d’un enfant. Pétrie de détresse, la plainte primaire de ne pas pouvoir « procréer normalement », se modèle alors en une quête réparatrice. Enfant réparateur du préjudice d’être infertile ou enfant panseur de plaies enfouies jusqu’alors au plus profond de l’histoire de chacun. Lorsque le tunnel des l’AMP* classiques — intra couples — touche à sa fin, accablés par l’injustice d’être différents, certains couples, dans un ultime souffle d’espoir, revendiquent alors au nom du sacro–saint projet parental — véritable Sésame de nos centres d’AMP* — un « droit à l’enfant ». C’est dans cet état d’âme que la solution du tiers donneur est proposée et que l’anonymat des donneurs est consenti. En réalité, les couples n’ont pas de choix possible : la loi française leur ordonne d’effacer ce donneur encombrant et de cautionner le fait que leur enfant sera privé à vie d’une partie de son histoire et de son identité. Incités de fait à vivre dans l’illusion de la fertilité, ils se trouvent, au fil des ans, bien souvent pris au piège de leur propre secret. Car le secret en réalité n’efface rien : ni la blessure de l’infertilité, ni l’omniprésence du donneur d’hérédité sans qui leur enfant n’aurait pas vu le jour.
Notre souci éthique est « que la famille aille bien ». Replacer l’enfant au centre de la relation médecin/patient et considérer la dignité de l’enfant à naître comme une fin en soi imposent aux couples une lucidité douloureuse. Assumer la vérité de la conception suppose d’avoir dit–géré son infertilité. Les couples ne peuvent renoncer à l’enfant « naturel », voire au bonheur de porter un enfant, qu’au terme d’un travail long et difficile. Dans cette approche globale de l’infertilité, notre vocation de soignant est de continuer à accompagner les couples au–delà du parcours classique technique. Informés, rassurés sur leur capacité à être parent autrement, ils donneront alors à leur choix un consentement réellement éclairé.
*Assistance Médicale à la Procréation

Le petit livre pour mieux vivre les secrets en famille de Serge Tisseron
Ed Bayard Jeunesse – parution 14/02/2007 Chacun a ses secrets. Les " bons " secrets nous rendent heureux, les " mauvais " nous pèsent, et ils pèsent aussi souvent sur nos proches. Quand les parents sont préoccupés par un secret douloureux, les enfants le sentent toujours... A travers de nombreux exemples, Serge Tisseron montre aux enfants et à leurs parents comment y faire face et libérer la parole en famille.

Anonymat du don de gamètes : Protection d'un modèle social ou atteinte aux droits de l'homme ?
Juliette Guibert et E. Azria
Revue Blanche fev 07
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Secrets de famille - Mode d'emploi : Quand et comment faut-il en parler ?
de Serge tisseron
éd. éditions Marabout
Qu'en est-il alors des secrets de famille?
Quels impacts ont-ils dans la vie et la personnalité des sujets?
Il s'agira de voir en quoi les secrets de famille peuvent avoir des conséquences extrêmement graves et d'autre part, de montrer quels peuvent être les effets d'une révélation ultérieure.

La part du père de Geneviéve Delaisi de Parseval
Ed le seuil
Qu'est-ce qu'un père ? Le géniteur, l'éducateur, le compagnon de la mère ?
Les nouvelles déclinaisons familiales comme la clinique des procréations médicalement assistées font apparaître de multiples figures du père, inconnues ou méconnues auparavant.
Le "père de la grossesse" par exemple, celui qui soutient la mère et qui attend l'enfant, fournit une réponse originale à définition psychologique de la paternité.
Cet homme n'est pas nécessairement celui qui a fourni le sperme fécondant, ni non plus le père génétique (c'est le cas classique du beau-père).
Est-il forcément un homme ? Rien ne l'exige...
La France a longtemps limité la part du père à sa fonction de géniteur et de détenteur de la loi, celle de la mère à la grossesse et au prétendu " instinct maternel ".
Ce livre, devenu un classique, ouvre de nouvelles pistes à la compréhension de la paternité contemporaine.

Don de gamètes : l'enfant a-t-il le droit de savoir ?
Luc Roegiers
Pédopsychiatre, consultant aux services de gynécologie et d'obstétrique des cliniques Saint-Luc.
Chargé de cours à l'unité d'éthique biomédicale de l'Université Catholique de Louvain, Bruxelles.

Filiation et biologie : le cas de la procréation médicalement assistée
Entretien entre Iréne Théry (sociologue) et Pr Pierre Jouannet (alors président de la fédération des CECOS)
Nouveaux Regards - le 12 octobre 2000

L'ENFANT ADOPTE : comprendre la blessure primitive
de Nancy Verrier,
traduction de l'américain par Françoise Hallet (Maman adoptive, Membre fondateur de PETALES) www.petales.org
Editeur : De Boeck Université - collection Comprendre
La Blessure Primitive est un livre qui pourrait révolutionner la façon de penser l'adoption.
En appliquant les données de la psychologie prénatale et périnatale et celles sur l'attachement, la création du lien et la perte, il détaille les effets de la séparation des enfants adoptés d'avec leur mère de naissance.
De plus il donne à ces enfants, dont la souffrance a longtemps été méconnue ou mal comprise, la validation de leurs sentiments ainsi qu'une explication à leurs comportements.
L'éclairage qui est ici donné aux expériences d'abandon et de perte contribuera non seulement à l'apaisement des adoptés, de leurs familles adoptives et de leurs mères de naissance, mais apportera compréhension et encouragement à ceux qui se sont sentis abandonnés dans leur enfance.
Nancy Newton Verrier, est mère de deux filles, dont une est adoptée. Elle a un diplôme de psychologie clinique et une pratique privée à Lafayette, Californie.
Tout en assurant des consultations en particulier aux membres de la triade adoptive (enfant, parents adoptifs et mères de naissance), Nancy Verrier écrit et donne des conférences sur les effets du traumatisme de la petite enfance et du manque causé par la séparation prématurée de la mère dans diverses circonstances.

"Offspring" Mon père, l'éprouvette et moi
Documentaire anglais. Réalisé par Barry Stevens. Produit par Barna-Alper Productions.
Barry Stevens est l'un des premiers enfants nés d'une banque de sperme.
En 2000, il a découvert l'existence possible d'environ deux cent demi-fréres et soeurs.
Il part à la recherche de son père biologique, sur les traces d'une fascinante communauté de scientifiques et d'intellectuels émigrés à Londres dans les années 40.
Ventes : Alliance Atlantis Communications,
121 Bloor St. West, Suite 1400,
M4W 3M5 Toronto, Ontario, Canada
Fax : +1 416 960 0971
Format : Betacam SP. Couleur
Durée : 55 mn - Année de production : 2001

Le rapt des origines
Serge Tisseron
Psychiatre et psychanalyste, enseignant à Paris VII, co-directeur de la collection "Renouveau en psychanalyse"
Libération 2004
Le rapt des origines.

2004 - Building a Family with the assistance of Donor Insemination.
Pr Ken Daniels - Nouvelle Zélande
Associate Professor University of Canterbury
Comment dire aux enfants...Quand dire aux enfants ?
Ce livre est un exellent ouvrage qui s'adresse aux parents qui construisent une famille grâce à un don de materiel génétique.
Ken Daniels est un papa adoptif et nous fait partager son expérience de 27 années de travail auprés des couples ayant eu recours à un donneur anonyme.

L'anonymat violente l'enfant
Libération - le vendredi 2 juillet 1999
Par SYLVIE FAURE-PRAGIER, MURIEL FLIS-TREVES, EVA WEIL ET GENEVIEVE DELAISI DE PARSEVAL psychanalystes.

APPROCHE EVOLUTIONNISTE DE LA SEXUALITE HUMAINE
L'écueil des pouvoirs et des dogmes : médicaux, religieux et scientifiques
Armand Maul
Les sociétés humaines partagent certaines caractéristiques comportementales qui constituent un patrimoine commun à l'ensemble de l'espèce, malgré la diversité des cultures.
Ces particularités immuables, intimement liées à notre passé évolutif et, de ce fait, propres à notre structure fondamentale, concernent plus particulièrement la sexualité.
Ce livre donne une présentation analytique de quelques universaux humains fondamentaux après les avoir replacés dans un contexte éthologique et évolutionniste.

Un temps pour les femmes - Michèle Lachowsky
Sans dogmatisme, mais en s'appuyant sur les confidences de centaines de patientes venues la consulter, Michèle Lachowsky rapporte comment, dans le secret d'un cabinet médical pas comme les autres, les femmes parlent de leur féminité, comment elles la rêvent et, aussi, comment elles la vivent.
Pour que chaque femme, à chaque grande étape de sa vie, puisse s'épanouir dans le respect de sa singularité et de ses choix.
Gynécologue, consultante à l'hôpital Bichat, Michèle Lachowsky exerce à Paris.

Un bébé mais pas à tout prix - Brigitte-Fanny Cohen
Ed.J'ai Lu - 2001
"La peur d'être stérile, de ne pas pouvoir avoir d'enfant parce que jêavais dépassé cette stupide et pseudo-limite des 35 ans, m'avait fait basculer un peu vite dans une médecine paradoxalement génératrice de stérilité : bien sûr, les fécondations en éprouvette permettent à de nombreux couples de devenir parents, mais l'assistance médicale à la procréation engendre aussi de l'échec, des frustrations, des blocages.
Prise dans ce tourbillon des techniques, dans cette valse des loupés, je nêavais pas su calmer mes craintes, et ma confiance avait trébuché.
Ce sentiment de ne pouvoir jamais y arriver s'était amplifié. Il avait fallu que je m'éloigne de toute cette agitation médicale, que je retrouve la paix de l'âme, que je cesse de lutter pour être mère (..) et une grossesse devenait possible."
De plus en plus de couples qui consultent pour un probleme d'infertilite sont confrontés, parfois avec brutalite, à l'assistance medicale à la procreation.
Comme tant d'autres, Brigitte-Fanny Cohen amene un long combat pour avoir un enfant.
L'auteur est aujourd'hui l'heureuse maman de deux petites filles.
Avec le recul, elle pose cette question essentielle: Doit-on avoir un bebe à tout prix?
Jusqu'où faut-il aller pour procreer ou adopter?
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