Association PMA procréation médicalement anonyme
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Romain témoigne dans TEMOIGNAGE CHRETIEN

Bioéthique Don de gamètes : filiation, éducation et biologie par Agnès Noël
juillet 2010 voir 2 pages :

http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1975&Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=18

Un donneur, un couple receveur et deux enfants nés d’un don expliquent leur conception de la filiation, de la parenté et se prononcent sur la question de l’anonymat.

« Mon père est un fantôme »

Romain Hammelburg, 28 ans, enfant d’un don.

Romain Hammelburg a tout, dit–il, pour être heureux. Tout sauf le nom de son père biologique. Issu d’un don de sperme, il a appris la vérité quand il avait quinze ans. Les onze années qui ont suivi se sont déroulées normalement : il a fait des études, commencé à travailler.

Mais il y a deux ans… tout a explosé. Les questions sur son identité le rattrapent. Il veut retrouver son donneur. Et intègre l’association Procréation Médicalement Anonyme (1).

Ses parents, eux, n’avaient pas prévu de lui dire la vérité. Il a fallu un accident puis la maladie de son père pour que sa mère aborde le sujet. Elle voulait le rassurer, lui expliquer qu’il ne pouvait être atteint à son tour. Peut–être aussi pour éviter qu’il ne l’apprenne par un membre de sa famille déjà au courant.

Romain Hammelburg est né d’une insémination de sperme frais. Une procédure contraire aux règles du CECOS (Centre d’étude et de conserva­tion des œufs et du sperme). Ses parents avaient fait les démarches auprès d’un centre mais les délais d’attente étaient trop longs. Ils se sont donc adressés à une gynécologue qui leur a trouvé un donneur.

« Elle a inséminé ma mère avec du sperme frais, raconte–t–il. Cela n’a pas été mal fait. Mais ils étaient beaucoup moins regardants sur la déonto­logie… »

Romain Hammelburg affirme que sa quête des origines ne change rien : son vrai père demeure celui qui l’a élevé. Ses parents et son frère restent sa vraie famille. Il désire juste rencontrer son père biologique :

« Je veux simplement lui parler, explique–t–il. Il y a un lien entre lui et moi. Quand je vois mes mains, je me demande si elles ressemblent aux siennes ! Cela ne m’intéresse pas d’avoir son nom, ni son argent, ni une famille. Je sais me débrouiller, je vis bien à côté. Mais s’il est d’accord pour me voir, je pourrais envisager ces questions plus sereinement. S’il n’a pas envie de me connaître, je comprends. Mais qu’il me le dise en face ! »

Il évoque ses angoisses face à la paternité : « Dois–je appréhender d’avoir un enfant ? » Et le malaise suscité par l’ignorance de ses antécédents médicaux : « C’est un peu gênant quand je vais chez le médecin… »

Favorable à la levée de l’anonymat entre le donneur et l’enfant, Romain Hammelburg est pour l’anonymat entre le donneur et les parents. « C’est essentiel pour eux. Le choix de connaître ou non le donneur ne doit venir que de l’enfant. Il doit pouvoir le rencontrer ; même s’il décide en définitive de ne pas le faire. »

Quand on souligne qu’en Suède, suite à la levée de l’anonymat, les donneurs ont fui, il rétorque du tac au tac : « Mieux vaut la qualité que la quantité. »

1. L’association demande la levée de l’anonymat de gamètes. Elle compte 200 membres dont 80 enfants issus du don.


« Il existe plusieurs façons de se construire »

Christophe Masle, 23 ans, enfant d’un don.

Étudiant en droit, Christophe Masle est président de l’Association des enfants du don (ADEDD) :

« Je ne dis pas qu’être conçu par don n’entraîne pas des difficultés, surtout après la révélation du mode de conception. C’est pour cela que nous avons créé l’association, afin d’accompagner les enfants, car il y a une vraie carence à ce sujet. Mais pour nous ce qui peut être problématique, ce n’est pas l’anonymat en soi. C’est de savoir comment se construire avec cette situation. »

Ses parents lui ont dit qu’il l’a appris très jeune. Lui se souvient d’en avoir pris conscience alors qu’il avait une dizaine d’années. « Cela n’a pas été facile sur le moment, je me suis posé des questions, notamment sur le donneur. On a des traits de caractère ou physiques dont on se demande s’ils proviennent de lui. Mais cela s’est vite effacé car ça ne m’apportait pas grand chose. »

Christophe Masle n’a jamais cherché à retrouver son donneur. Son père abordait sans peine la question de la stérilité. Et ses parents ont toujours été très présents.

« On a constaté dans l’association que souvent, quand les enfants s’entendent bien avec leurs parents, les choses se passent bien. Si on apprend la vérité dans des circonstances dramati­ques (divorce, décès…) ou si le père refuse de faire le deuil de sa fertilité, alors on peut être amené à faire des projections. »

Des parents aussi cherchent à contacter l’association, demandant comment s’y prendre avec leurs enfants. Comment leur parler de leur mode de conception. Christophe leur répète qu’un enfant qui se pose des questions sur son donneur n’a pas pour autant l’intention d’abandonner son père.

Pour lui, lever l’anonymat ne résoudra pas tout. « Il existe plusieurs façons de se construire. Et on doit le faire avec ce qui est, pas avec ce qui pourrait être. De toute façon, si on changeait la loi, elle ne serait pas rétroactive. Alors autant faire avec. »


« Le père, c’est celui qui se lève la nuit »

Christophe et Émilie Préjean*, parents d’enfant né d’un don.

Devant son fils, Christophe Préjean est un peu gâteux. Biologiquement ce n’est pas le sien, il est issu d’un don de sperme. À l’entendre, il ne se pose vraiment pas de question. « En fait, je ne vis pas les choses comme s’il y avait eu un don : c’est juste mon gamin. »

Suite à la découverte de l’infertilité de Christophe, le couple songe d’abord à l’adoption. Ils se renseignent mais ne se retrouvent pas dans la démarche. Christophe et Émilie* se tournent alors vers un CECOS en 2005. Le délai d’attente est de 18 mois entre le premier rendez–vous et le don. Leur fils naît en 2008.

Ils ont refait une demande pour avoir un deuxième enfant. Ils n’ont pas fait mystère de leurs intentions puisqu’ils en ont parlé à des amis proches et à une partie de leur famille.

Tous les deux sont contre la levée de l’anonymat, invoquant le risque de faire fuir les donneurs, et l’impression d’avoir une tierce personne dans leur famille. Mais ils insistent sur l’importance de la levée du secret.

Ils ont déjà parlé à leur fils : « On utilise des mots simples vu son âge, mais on lui en parle », explique Émilie. Et l’emmènent régulièrement à des réunions de couples organisées par le CECOS.

« Les secrets, ça finit toujours par exploser, commente la jeune femme. Si notre enfant nous pose des questions, je lui dirai qu’il est né d’une personne ayant fait un don de sperme. Certains enfants sont obligés de passer par une thérapie. J’espère que notre fils n’aura pas besoin de ça, mais sinon, on en passera par là. Il se construira comme ça. Ce qui est clair c’est que son père, c’est mon mari : c’est lui qui était là à l’accouchement, lui qui se levait la nuit pour s’en occuper. »

* À leur demande, nous avons préservé leur anonymat et changé leur prénom et leur nom.


« Comme un don du sang »

François Legrand*, donneur.

Les questions auxquelles sont confron­tés les enfants, François Legrand, donneur, n’y a pas vraiment réfléchi. Il s’est décidé à donner après en avoir discuté avec des couples amis, eux–mêmes en attente d’insémination, qui lui expliquaient à quel point on manquait de volontaires.

Seules 650 personnes se présentent chaque année dans l’ensemble des CECOS français. « Je me suis dit pourquoi pas ? », explique–t–il simplement. Il en discute avec sa femme, qui accepte – « elle est dans le même type de démarche que moi, elle est donneuse d’organes » –, aborde le sujet avec ses deux premiers enfants et prend rendez–vous.

Pour lui, les choses sont claires : il donne des cellules pour aider des couples en difficulté, comme il pourrait donner son sang, rien de plus. La possible levée de l’anonymat, il y a pensé mais ne se sent pas trop concerné. Ce qui est certain, c’est qu’il va faire quatre dons. La suite, les individus qui pourraient naître de son geste, cela reste du domaine de l’immatériel.

« Aujourd’hui j’ai du mal à réaliser. Dans 20 ans je me dirai peut–être que j’ai créé quelqu’un et que je souhaite le connaître. » Mais en aucun cas il ne se sent père par ce simple geste : « le père, c’est celui qui s’occupe de l’enfant ».

* À sa demande, nous avons préservé son anonymat et changé ses nom et prénom.



et

http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1974&Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=1

Bioéthique Nés de père inconnu par Agnès Noël

La levée de l’anonymat du don de gamètes est l’un des sujets les plus discutés à l’occasion de la révision des lois de bioéthique. Au–delà de l’aspect émotionnel, une modification de ce principe pourrait avoir des conséquen­ces sur notre modèle de société.



Ils disent qu’il leur manque une moitié. Une moitié de leur visage, de leur identité, une moitié de tout. Les enfants issus d’un don de sperme la cherchent partout, parfois jusqu’à l’obsession, cette autre moitié.

En France, où le don est régi par les principes de gratuité et d’anonymat, il est impossi­ble à l’heure actuelle pour un enfant issu de « spermatozoïde inconnu » de connaître son donneur. Une situation intolérable pour quelques–uns des 50 000 enfants issus d’un don qui revendiquent l’accès à leurs origines et militent pour réviser la loi de bioéthique, soutenus par des psychologues, des sociologues et des parlementaires.

Ils évoquent le besoin de se construire, la peur de l’inceste ( comment savoir si son partenaire n’est pas issu du même père ?) et la nécessité de connaî­tre leurs antécédents médicaux.

L’anonymat efface « tout un espace psychique de liberté, où sont enfouis nos questionnements sur le mystère de notre naissance, la filiation, la sexualité, l’identité, souligne la psychanalyste Muriel Flis–Trèves. Des connaissances pourtant indispensables à la réalisation de tout être humain. »

Ces revendications, la presse s’en est largement fait l’écho. Des organismes comme l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) ou le Conseil d’État y ont été sensibles au point de préconiser une levée de l’anonymat sous certaines conditions. La ministre de la Santé elle–même serait favorable à une levée encadrée.

À écouter les nombreux témoignages, la souffrance de certains de ces enfants paraît indéniable. Et pourtant, le rapport remis en janvier 2010 sur la révision des lois de bioéthique par le groupe de travail parlementaire préconisait au contraire de maintenir cet anonymat. Et les médecins spécialistes de la question n’y paraissent pas favorables. Ils appréhendent, à travers une telle mesure, un changement de modèle du don, voire d’un modèle de société, avec la question de la primauté du biologique sur le sociologique qui pourrait se profiler.

Pour Roger Mieusset, médecin andrologue au CHU de Toulouse, coordinateur du livre Donner et après…, lever l’anonymat est une mauvaise réponse à une bonne question. Elle ne règlerait pas le vrai problème du don qui est, selon lui, celui de l’explication à l’enfant de son mode de conception par les parents.

« Ce n’est pas parce que la loi changera que les parents raconteront la vérité à leur enfant, explique Roger Mieusset. Et si ce secret demeure, quel est l’intérêt de lever l’anonymat ? Cela ne changera rien ! Or on ne peut pas obliger les parents à révéler les choses. »

Suède

On estime actuellement qu’entre 10 et 30 % seulement des enfants sont informés des circonstances de leur conception, même si ce chiffre tend à augmenter. Or, dans les pays où l’on a levé l’anonymat, les parents n’ont pas évoqué davantage les circonstances de leur naissance aux enfants, au contraire.

En Suède, suite au changement de la loi en 1985, seuls 11 % des parents ont raconté la vérité à leur progéniture.

« C’est l’épée de Damoclès pour les parents ! Ils ont peur que l’enfant les rejette s’il apprend la vérité. Et le danger est beaucoup plus précis si l’enfant a accès à l’identité de son donneur. Les parents ont donc eu davantage tendance à se taire. »

Autre fait surprenant, aucun enfant, devenu majeur, n’a cherché à contacter un centre pour connaître ses origines. Soit parce qu’ils n’en éprouvaient pas le besoin, soit tout simplement parce qu’ils n’étaient pas au courant de leur situation.

D’autant que lever l’anonymat n’est pas sans conséquences sur le nombre de donneurs, déjà insuffisant en France. En Suède, le nombre de volontaires s’est effondré (il a cependant remonté de­puis). Et nombre de couples ont préféré partir à l’étranger pour se faire inséminer dans des pays où l’anonymat était maintenu.

« C’est partout pareil. Le changement de loi entraîne la fuite d’un certain nombre de donneurs qui disent : nous, on donne des cellules, on ne fabrique pas un autre enfant, on ne veut pas d’une nouvelle paternité », renchérit Roger Mieusset.

Selon une étude menée par les CECOS (centre d’étu­des et de conservation des œufs et du sperme) français, il est probable que les deux tiers des donneurs se démobiliseraient si la loi venait à changer. « Cela entraînerait sans doute une modification des pratiques. […] Il serait nécessaire de recruter des donneurs rémunérés, avec contractualisation des enga­ge­ments », précise Roger Mieusset.

En Angleterre, pays où l’anonymat est levé depuis 2005, un rapport publié en 2008 signalait que la majorité des banques de sperme étaient en difficulté faute d’un nom­bre suffisant de donneurs. Pour pal­­lier ce manque, des aménagements ont été envisagés, comme rémunérer le donneur et augmenter le nombre d’en­fants qu’il pourrait concevoir. Au ris­que d’entraîner un marché du sperme comme c’est déjà le cas aux États–Unis.

Deux modèles de société

Pour les CECOS, lever l’anonymat reviendrait en outre à confronter la société à deux conceptions des origines : l’une basée sur le partage des valeurs, l’autre sur le biologique. Avec un choix : opter pour un modèle où la famille se construit sur le désir d’enfant et où le relationnel prime, ou décider que ce sont les liens du sang qui sont fondamentaux pour accéder à son histoire.

Il deviendrait alors logique dans ce dernier cas de lever l’anonymat. C’est aussi cette importance donnée à la génétique qui inquiète le Dr Mieusset.

« Le problème pour nous, est que cela revient à réduire les humains à leurs gènes. Le donneur n’apporte rien d’autre. Or on n’est pas que cela ! Le père apporte l’éducation. Alors que le donneur ce n’est pas un géniteur : il se considère juste comme un donneur. »

Pour lui, la solution, et le mieux–être des enfants du don, passerait plutôt par un accompagnement psychologique des parents. La prise en charge devrait être plus présente afin de les aider à dire les choses à leurs enfants.

« La façon dont les parents s’y prennent est fondamentale, précise–t–il. S’ils taisent la vérité, ou si les enfants l’apprennent tard ou dans des circonstances dramatiques, la révélation peut mal se passer. Mais on peut supposer que quand le secret est levé et que l’enfant est épanoui dans sa famille, ce n’est pas un traumatisme. »

Même sentiment pour Pierre Jouannet, ancien responsable du CECOS de l’hôpital Cochin de Paris qui regrette de ne pas avoir mis en place dans les années 70 une pos­sibilité d’accompagnement des parents.

« On aurait dû être plus incitatifs. C’est la procédure actuellement. On essaye d’appréhender les intentions des parents. D’ailleurs, les jeunes qui demandent la levée de l’anonymat sont souvent des enfants nés dans les années 80 dont les parents ont peu ou mal communiqué. Ces derniers, en mal d’identité, pensent souvent que voir leur donneur résoudra leurs problèmes. Peuvent–ils en être sûrs ? ».

Risques

Concernant la future révision de la loi, Pierre Jouannet estime qu’en France, où seuls les couples hétérosexuels peuvent bénéficier d’une AMP (assistance médicale à la procréation), l’anonymat du don est sans doute le meilleur compromis acceptable pour la plupart des personnes souhaitant devenir parents.

En cas de changement, il insiste sur la nécessité de réfléchir aux conséquences, quelle que soit l’issue choisie. « La façon dont on a travaillé n’a pas si mal marché que cela. Ensuite, lever l’anonymat pourquoi pas ? Mais pas pour de fausses raisons. »

Actuellement, on peut déjà remédier à certains problèmes posés par l’anonymat du don : l’enfant peut accéder en cas de besoin à des informations médicales concernant son donneur. De même, pour éviter la rencontre « incestueuse » entre deux personnes issues d’un même donneur, il suffit que l’enfant se présente au CECOS qui s’est occupé de ses parents et demande si la personne qu’il aime est issue du même don.

C’est d’ailleurs pour éviter ce type de risques que le nombre d’enfants par donneur est limité à dix. D’autant qu’il existe davantage de probabilités de tomber amoureux d’un demi–frère ou d’une demi–sœur issus d’une relation extraconjugale, qui concernerait 3 à 4 % de la population, que d’un demi–frère ou une demi–sœur issus d’insémination artificielle.

Le professeur admet par contre le reproche souvent fait aux CECOS de détenir le nom des donneurs quand personne d’autre n’y a accès. Pour lui, si on maintient l’anonymat, il faut qu’il soit valable pour tout le monde.

En revan­che, si la vraie raison de lever l’anonymat, est que l’enfant a besoin de l’identité du donneur pour se construi­re, il s’interroge :

« Est–ce seulement à 18 ans que l’enfant a besoin de se cons­trui­re ? Si on lève l’anonymat, ce qui pourrait instaurer un système de ” pluriparenté ”, où le donneur aurait son rôle à jouer dans la vie de l’enfant comme c’est quelquefois évoqué, pourquoi ne pas proposer aux parents et au donneur de s’entendre entre eux dès le départ dans l’intérêt de l’enfant ? Si notre société est prête à accepter ce nouveau mode de parenté, alors, la levée de l’anonymat, pourquoi pas ? » 

7 à voir

Dimanche 16 mai 2010 à 22h40

Arthur et sa soeur en reportage
Le papa de arthur sur le plateau et Pr Axel Kahn


France 5

Arthur témoigne dans l’emission en duplex ( direct )

voit le site

CANAL+

Effet Papillon
Présenté par Daphné Roulier
Tous les samedis à 12H40, en clair

Dossier Anonymat : témoignages et tournage d’un apéro chez Arthur

Date diff à préciser

Bioethique

Dossier Bioethique
Publié le 18/03/2010 N°1956

Mon père, cet inconnu par Violaine de Montclos Témoignage de AGATHE
En bonne avocate, Agathe a pris des notes et choisit ses mots avec soin. Pour maîtriser le chaos de ses émotions, elle fait un récit structuré, excessivement précis. Mais, dans ce café du 20e arrondissement de Paris où elle a commandé à déjeuner, la jeune femme ne touche pas une miette de son repas. « Je suis nouée, s’excuse–t–elle. Je suis comme un château de cartes dont on aurait brusquement retiré une des fondations : tout s’est écroulé. » C’était en octobre 2009, dans la maison familiale, pendant le petit déjeuner. Brisant, en accord avec son ex–mari, le pacte qu’ils avaient fait trente ans plus tôt, la mère d’Agathe révèle à ses deux enfants qu’ils ont été conçus, son époux étant stérile, avec le sperme d’un donneur anonyme. Agathe a 29 ans. C’est une juriste brillante à la vie bien construite, qui a un compagnon et projette d’avoir des enfants. Mais la révélation fait l’effet d’une déflagration. « Ma mère a cru bien faire. Elle fait une psychothérapie et a sans doute voulu soulager sa conscience. Elle a surtout pensé que c’était le moment pour moi, avant que je ne devienne mère à mon tour, de connaître la vérité. Mais c’est le ciel qui m’est tombé sur la tête... »

Inquiétante hérédité
La jeune femme quitte la maison familiale. Son premier geste : appeler son père, que pas une seconde elle ne cesse de considérer comme tel, pour l’assurer que rien n’est changé. Le second : couvrir de tissus les miroirs de son appartement, ces glaces qui lui renvoient une image qu’elle ne reconnaît plus. Il y a dans ce teint pâle, dans ces yeux sombres, dans ce corps frêle une part d’hérédité qui lui fait horreur. « En octobre, on parlait beaucoup du criminel Francis Evrard à la radio : cela m’a obsédée. Mon géniteur, lui aussi, était peut–être un assassin... Je me sentais sale. Et puis j’ai fait des rêves atroces : je donnais naissance à un enfant que je rejetais, que je refusais de voir. » Elle a conscience que sa réaction est irrationnelle, purement instinctive. Elle ne croit pas en la prédestination génétique. Alors, pour dompter la tempête intérieure, elle écrit à la banque du sperme qui a réalisé, trente ans plus tôt, le rêve de ses parents. Le hasard est curieux : Agathe a fait un troisième cycle en droit de la bioéthique. Elle sait qu’en France la loi interdit de révéler l’identité des donneurs, mais elle a des questions, précises. Son frère est–il issu du même don qu’elle ? Combien de grossesses ont–elles été réalisées avec les gamètes de cet homme ?

Consanguinité
Les Centres d’études et de conservation des oeufs et du sperme (Cecos) disposaient–ils à l’époque d’un fichier centralisé permettant de vérifier qu’un même homme n’allait pas donner sa semence dans toute la France ? «Car c’est la première chose à laquelle on pense : la rencontre possible avec des membres de la fratrie génétique. Mon compagnon a tout de suite vérifié que son père n’avait pas été donneur...» Des semaines, des mois passent. Agathe insiste, téléphone, puis finit par être reçue. Ses interrogations sont traitées par la commisération. « J’ai été accueillie par un médecin et une psychologue de 22 ans, et j’ai été sidérée par leur amateurisme. Leur seule réponse a été de me conseiller d’aller voir un psy. On m’a dit : "Que votre frère soit votre frère génétique, qu’est–ce que cela peut vous faire ?" Quant au nombre de grossesses réalisées avec le même sperme : cela, visiblement, ne me regardait pas. »

Droit d’accès
Et puis Agathe, qui a demandé que l’on sorte son dossier, ne voit aucun document sur la table. Elle ne s’attend pas à y avoir accès, mais elle imagine que l’acte du don est daté, écrit, classé quelque part avec l’identité précise du donneur, et que la seule vision de ce dossier administratif, fermé sur la table, lui redonnera de la pesanteur. « Car, comme le dit mon frère, on a brusquement l’impression de flotter dans les airs. » Or le médecin est venu les mains vides. Agathe s’étonne. Puis elle comprend : il n’y a sans doute aucun dossier à son nom. En serrant la main de la journaliste, lorsqu’elle repart le ventre vide, la jeune femme assure tout de même avec ses mots de juriste que son « affaire ne s’arrêtera pas là » . Agathe, pour l’instant, n’a plus envie d’avoir des enfants

POUR LA LEVEE DE L’ANONYMAT Pauline Tiberghien
« Une maltraitance psychique »
« Je comprends que beaucoup de médecins des Cecos (Centre d’études et de conservation des oeufs et du sperme), souvent anciens donneurs eux–mêmes, soient très mal à l’aise face aux revendications des enfants nés par IAD (insémination artificielle avec donneur). Qu’ils soient rassurés, si la loi est révisée, elle ne sera pas rétroactive... Mais il est temps de prendre conscience de la maltraitance psychique qu’ils infligent à ces jeunes en leur refusant l’accès aux informations qui les concernent. On entend souvent qu’accorder au donneur un rôle dans la conception de l’enfant est intolérable. Mais, dans la réalité, le donneur a bel et bien eu un rôle, on l’a même sollicité, encouragé à le jouer ! L’enfant du couple infertile, en chair et en os, prouve par sa seule existence qu’un autre homme que son père est intervenu dans la conception : il porte son hérédité et sera amené à la transmettre. Et contrairement à ce que voudraient faire croire les médecins qui renvoient un peu vite ces jeunes à des consultations de psy, le besoin de connaître l’identité du donneur n’a rien à voir avec une quête affective : ces enfants ont en effet des parents qui les ont désirés, attendus et reconnus, et sans lesquels ils ne seraient pas en vie. Mais la volonté seule de leurs parents n’est pas suffisante pour expliquer leur naissance ! Personne ne naît de la seule volonté d’un couple ou d’un individu ! En cette veille de révision législative, il nous faut sortir du déni et considérer ces jeunes comme des adultes dignes de respect auxquels il est grand temps de reconnaître le droit de savoir d’où ils viennent. »

CONTRE LA LEVEE DE L’ANONYMAT Jean–Marie Kunstmann
« Dépasser le lien biologique »
« Les enfants nés par IAD qui sont médiatisés sont ceux qui vont mal et qui réclament la levée de l’anonymat. Mais les autres, ceux qui ont compris et accepté leur mode de conception et qui n’ont nul besoin de connaître leur géniteur, ne vont pas dans les médias expliquer qu’ils vont bien. Or ils sont nombreux ! Le débat est donc d’emblée faussé pour l’opinion publique. C’est d’ailleurs de cette manière, sous la pression d’un tel lobbying, que l’anonymat a été levé chez certains de nos voisins européens. Le résultat est une chute drastique du nombre de donneurs. Pour en recruter, ces pays sont donc finalement obligés de les motiver par l’argent. Est–ce cela que l’on veut ? Il y a quand même encore des hommes et des femmes, dans notre société, qui estiment que les humains peuvent par altruisme donner leurs gamètes en relativisant leur dimension génétique. Ce qui compte, pour eux, ce ne sont pas les liens du sang, mais la parenté affective. Les donneurs et les receveurs font un cheminement particulier qui les amène à dépasser le lien biologique. A la vue de ces familles qui parviennent à se construire avec des dons, je relativise moi–même, en praticien, le sens des gamètes que je manipule. Veut–on vraiment d’une société où les liens du sang sont sacralisés, où l’on stigmatise les individus d’après leurs gènes et leur origine ? La question de l’origine d’un individu a sa réponse dans l’histoire du couple qui a voulu sa naissance. Pas dans l’ADN du donneur. »

NÉ DE SPERMATOZOÏDE INCONNU réédité collection J’ai lu

Arthur Kermalvezen avec Blandine de Dinechin

"Je savais que j’étais le résultat d’une programmation
savamment orchestrée, d’une expérience scientifique qui
s’est peu souciée des conséquences sur nous, les enfants.
Nous avons été des cobayes… "

Conçu par insémination artificielle avec donneur (IAD),
Arthur ne connaît pas son « géniteur ». Ainsi le veut la loi qui impose l’anonymat aux donneurs de sperme. Quel est le visage du donneur qui a contribué à sa conception ?
Comment bien vivre quand on ignore la moitié de ses origines génétiques ? Chacun a le droit de savoir d’où il vient.
Arthur Kermalvezen tire la sonnette d’alarme sur les ravages que cette ignorance provoque. Il s’insurge contre la surdité de ceux qui prennent à la légère les conséquences de leurs actes. Il attend une plus grande bienveillance vis–à–vis des personnes issues de dons de gamètes.

Arthur Kermalvezen est le porte–parole de l’association
PMA (Procréation médicalement anonyme), pour que
les personnes conçues par IAD en France puissent avoir
accès à toutes leurs racines.
Édition augmentée

www.jailu.com
ISBN : 978–2–290–01612–1
PRIX FRANCE
4,80€

Revue ANDROLOGIE

Hors Série Revue ANDROLOGIE : Numéro Spécial Anonymat

La revue ANDROLOGIE,revue de la SALF (Société d’Andrologie de Langue Française), va publier un numéro spécial début 2010 qui sera consacré à la question de l’anonymat dans le don de spermatozoïdes.
Ce numéro hors série a pour objectif de contribuer au débat sur l’anonymat en apportant aux lecteurs des contributions sous 4 formes : Mises au point, articles originaux, témoignages et expérience des autres pays francophones.

De nombreux témoignages d’IAD, de parents et deonneurs de l’association PMA seront publiés dans ce numéro spécial !!!

lien salf

JT france 2

arthur témoigne

Bioéthique : le Parlement à petits pas

sur LCP en direct

Arthur est "sentinelle" dans l’emission ce mardi 19 janvier 2010 soir à 19h.

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