

Camille née en 1992
Il y a 3 mois et 5 jours je ne savais pas ce que voulait dire IAD. Le mot "donneur" ne m’évoquait rien. Et je pensais ressembler à mon père.
Le 30 mai, alors que j’étais hospitalisee, j’ai reçu une lettre avec une partie ecrite par ma mère et l’autre par mon père. Il m’ont envoyé une lettre car j’étais sur Paris et eux habitent loin.Je me souviens...l’infirmière est entrée en me disant "Camille, vous avez reçu une lettre, elle contient des choses très importantes, je vais rester avec vous pendant que vous la lisez". J’ai pas pu la lire jusqu’au bout. C’est l’infirmière qui m’a aidée à prendre conscience de la nouvelle et m’a lu le reste de la lettre.
Une de mes premières pensées a été "je veux rencontrer le donneur". Naïve, je m’imaginais que ça marchait comme dans les films américains. Sauf qu’on est pas aux USA. Et sauf qu’en France on ne peut pas rencontrer son père biologique. On m’a vite remise a ma place: tu ne connaitras jamais rien de cet homme, et c’est mieux comme ça.
Mon père reste mon père. Dès les premiers jours je l’ai intégré. C’est lui qui m’a élevée et m’a aimée. Et puis "la génétique c’est moins fort que l’amour"....je suis d’accord. Sauf quand je me regarde dans la glace et que mon visage me brule tellement je ne me reconnais plus en mes parents. Sauf quand j’arrive pas a avancer en m’disant que la moitié de ma personne vient d’un inconnu. Sauf quand je ressens ce vide, comme un trou béant qu’ont laissé des questions en suspend : qui est il? A quoi ressemble–t–il? Est ce que je lui ressemble ? Est ce qu’il a oublié son don? Est ce qu’il s’en fout ? Et les autres enfants ? Savent ils ? Sont ils heureux ? QUI SONT TOUS CES GENS ?
Je ne recherche pas un père –je l’ai déja et il me comble d’amour– je recherche des réponses à toutes ces questions.

Quentin – 19 ans
Le 9 septembre 1991, je naissais à Paris.
Ecrire mon histoire est très dur pour moi, c’est quelque chose dont je n’aime pas parler, par honte, car je me sens différent des autres.Je me dis que partager mon expérience et mes sentiments m’aiderait peut–être à me sentir mieux.
Je suis aussi un enfant né d’une IAD. En revanche, celle–ci ne s’est pas déroulée dans un CECOS.
En décembre 1990, ma mère a beneficié d’une insemination par sa gynécologue, Dr. L, qui a profité d’un vide juridique:ma mère était CELIBATAIRE ...
Etant petit, j’ai très rapidement senti qu’il me manquait quelque chose, quelqu’un auprès de moi.
Cela se manifestait dans la cour de récréation, quand tout le monde demande « et toi ton père il fait quoi?». Ca se manifestait à la sortie de l’école quand les papas allaient chercher leurs enfants, mais aussi à la télé, dans la rue, bref partout autour de moi.
Je ressentais de l’injustice, de la colère, de la tristesse. Pourquoi n’avais je pas le droit d’être comme tout le monde? Je pleurais presque tous les soirs et rien ne pouvait me consoler.
J’ai été élevé seul par ma mère et lorsque j’abordais le sujet, elle me racontait qu’elle avait rencontré mon père dans un restaurant, qu’ils avaient passé la soirée ensemble puis qu’ils ne s’étaient plus jamais revus.
En grandissant je me suis rendu compte que cette histoire était bizarre et très peu probable connaissant ma mère. Mes questions se sont faites plus précises, je voulais vraiment connaître la vérité.
Lorsque j’ai appris comment j’ai réellement été conçu, ça a été un vrai choc.
J’ai eu l’impression que tout s’écroulait autour de moi encore une fois.
Il y a deux ans, j’ai décidé de rechercher mon donneur car je ne pouvais plus vivre comme ça. Je refuse de souffrir toute ma vie, je sais que je ne m’y ferais jamais. Le fait de ne pas connaître une partie de soi est un sentiment que peu de personnes peuvent ressentir.
J’ai alors commencé à chercher l’ancienne gynécologue de ma mère qui est maintenant depuis plusieurs années à la retraite. J’ai trouvé assez facilement son numéro de téléphone grâce à internet.
Lorsque je l’ai eu la première fois, j’étais très ému et plein d’espoir.
Je lui expliqué la raison de mon appel et elle m’a très gentiment répondu. J’ai vraiment senti dans sa voix une volonté de m’aider. Elle ne se souvenait d’aucun nom mais on a longuement parlé. J’ai ainsi appris qu’elle trouvait les donneurs à la fac de médecine Pierre et Marie Curie à Paris 6ème. Des internes en gynécologie obstétrique.... Elle faisait ses inseminations dans son ancien cabinet qui se situait rue d’Edimbourg. Elle avait environ 10 donneurs.
Elle m’a aussi dit que cette insémination apparaissait dans le dossier médical de ma mère.
Après cet entretien, je suis allé voir le gynécologue actuel de ma mère pour lui demander de consulter son dossier. Malheureusement, il n’y avait aucune trace de l’insémination.
Je suis alors allé au service administratif de la fac de médecine demander une liste d’élève étudiant la gynécologie obstétrique en 1989/1990.
Encore une fois j’ai fais face à un échec car leur logiciel ne permettait pas de retrouver une telle liste.
Quelque temps après, j’ai rappelé l’ancienne gynécologue de ma mère, qui ne se souvient toujours de rien.
Je suis fils unique et le simple fait de me dire que j’ai des demi–frères et/ou sœurs que je ne connais pas, est un sentiment des plus désagréables. Tout comme le fait que mon donneur, mon père biologique, est peut–être près de moi. Peut etre que je l’ai déja croisé!?
Je veux précise que je ne veux en aucun cas rentrer dans sa vie, mais juste mettre un visage et un nom sur quelqu’un dont je suis tout "simplement" la moitié ....
Vous pouvez me contacter : quentin_duizend@hotmail.fr

Vincent 30 ans
Mes parents ont essayé d’avoir un enfant pendant plusieurs années. Ma mère fit alors de nombreux traitements médicaux et finalement mon père a été déclaré stérile par un éminent professeur des bouches du Rhône.
J’ai été conçu à la seconde IAD de ma mère et suis né début 1979. A cette époque le CECOS a carrément conseillé à mes parents de taire mon origine s’ils ne s’en sentaient pas le cœur de me l’avouer. Et c’est ainsi que je suis né avec ce secret vite enterré par mes parents et mes grands parents.
Mes parents ont sombré dans la dépression et se sont isolés.
Les deux premières années de ma vie ont été un têtes à tête avec une mère angoissée cherchant (selon elle) devenir enfin un femme grâce à moi. Je me serais réveillé toutes les nuits jusqu’à l’age de 2 ans. Mon père quand à lui s’en enfoncé dans le travail et dormais énormément le week end. Tous deux étaient en dépression.
Ma soeur et née 2 ans plus tard. Ironie de l’histoire, elle est génétiquement de mon père : ma mère est formelle elle ne s’est pas faite inséminée pour elle. Je le précise car ça se gâte après.
Mes parents se séparent l’année suivante. Cette séparation fige le secret.
J’ai de bons souvenirs d’enfance avec mon père qui nous gardait le week end. Je me rappelle d’une enfance simple avec lui sans émotions excessives.
Ma mère a par la suite de nombreuses aventures.
Mon père et ma mère se remarie durablement vers mes 10 ans. Et mon père a un "3ème" enfants avec sa nouvelle femme. Surprise pour lui ! Il se croyait stérile et pensait que ma sœur avait été conçu certes hors IAD mais avec l’aide plus "traditionnelle" d’un autre homme... Cela met en lumière l’absence de communication de mes parents.
Enfant puis adolescent, je suis à la recherche de père d’adoption au sens symbolique du terme : mon grand père, mon prof de judo, mon chef scout, etc...
Je fais ma 1ère dépression à l’age de 20 ans. Accablé d’angoisse, je demande de l’aide à mon père. "Courage" me dit il et s’en va. Rongé par le secret il est incapable de faire face à ma douleur.
Je fais ma 2ème dépression peu avant la naissance de ma fille. Je me sens alors incapable d’être père. Ma mère et mon père, plus de 20 ans après leur séparation, passent de nombreuses heures au téléphone assez régulièrement à ce sujet.
A la naissance de mon fils, je dis souvent à ma femme qu’il ne peut pas être mon fils mais que je l’accepte complétement. Cela créé des tensions et je ne m’explique pas ce "fantasme". Elle me propose des tests de paternité.
L’année dernière, lors du commencement de ma 3ème dépression, ma mère m’avoue enfin mon origine. Le choc est immense et je ne le réalise que depuis 1 mois. Sur le papier ma vie est formidable, mais ce secret m’a énormément fragilisé.
Je me rapproche de ma sœur qui sait qu’elle est génétiquement la fille de mon père (elle a la même maladie rare que lui). Elle m’avoue qu’elle s’est faite quasiment violée à l’age de 13 ans par le même médecin qui avait déclaré mon père stérile.
Je me suis rapproché de ma mère après de longues années de conflits.
Par contre avec mon père avec qui j’avais de bon rapports quoique un peu "en retenue" mutuelle, quelque chose s’est brisé et j’ai un mal profond à lui parler. Je sens sa douleur et craint son rejet.
Je sort d’une forte dépression de plusieurs mois. La blessure est vive mais je revis dans une nouvelle vie et dans un nouveau boulot avec ma famille très proche autour de moi. Ma fille de 6 ans me demande parfois si j’ai souffert enfant "du secret". En tout cas j’y travaille à vivre avec !

Julie 19 ans – fev 11
J’ai dix–neuf ans et j’étudie la littérature, et puisque j’aime écrire, alors autant que cela serve à quelque chose. Je suis comme vous tous, je respire, j’ai des bras, des jambes, je réfléchis, je ris. J’ai des passions et beaucoup d’amis, je suis "normale". A la différence que j’ai été créée dans un hôpital. Rien à voir avec une histoire dans une salle de repos, non! Je suis le produit d’un procédé scientifique qui a enfin réussi vers le mois d’avril 1991.
Je suis l’enfant d’une femme et d’un petit tube en verre. L’enfant des traitements hormonaux, des rendez–vous à l’hôpital, des essais, l’enfant aseptisé. L’enfant d’une insémination artificielle. Sur le principe tout va bien, tout cela je ne m’en souviens pas. J’ai été aimée pas deux personnes à même titre mes parents. Je me suis construite avec eux, jamais il ne sera question de mettre en cause le fait qu’ils sont mes parents, que j’aime et qui m’ont élevée. Mais réside un malaise. Naturellement, pour créer une enfant, il faut une femme petit a et un homme petit b, qui ont un rapport sexuel qui conduit à la fécondation d’un ovule. Si petit a m’a portée, mais qu’en fait de relation sexuelle il y a eu une salle dans un hôpital et un tube en verre, alors où est petit b? Et surtout, qui est petit b? Je veux savoir qui est l’homme qui m’a engendrée. Quand je me regarde dans le miroir, je ne veux plus, je ne veux plus jamais me demander de qui me vient mon nez. Je ne veux plus me demander quels caractères héréditaires me viennent de mon géniteur. Je ne veux plus, en allant chez le médecin, répondre "je ne sais pas" à la question "Des problèmes cardiaques, du côté du père?". Je ne veux plus, assise dans le bus, regarder l’homme en face de moi et me dire qu’il pourrait être mon géniteur. On m’a pris ce qui faisait moi, on l’a mis dans une boîte, on a fermé la boîte, on a caché la boîte et on m’a dit qu’on ne me dirait jamais ce qu’il y a dedans. Je veux qu’on me rende ma boîte. Je ne le demande pas, je l’exige, comme il est normal et légitime d’exiger le respect de ses droits. J’ai grandi dans un pays des droits de l’Homme, où on m’a toujours répété que les hommes naissaient et demeuraient libres et égaux en droits. Que chaque homme avait le droit de connaître ses origines. Ce que je demande aujourd’hui, c’est le respect de ces principes. Et je le demande aussi au nom de ceux qui ne savent pas, qui sans doute ne saurons jamais, dont les boîtes sont rangées à côté de la mienne. Qui souffrent souvent du malaise dû au secret dont on entoure leur conception, et qui souvent empêche pendant des années de s’exprimer ouvertement sur le sujet, dont on fait malheureusement un tabou.
Je n’appartiens qu’à moi–même, et dans ce qui me constitue il y a aussi mon passé. Notre passé est notre base, que nous cherchons tous à connaître. Nous voulons savoir ce qu’il y avait il y a deux mille ans, nous faisons de la généalogie, nous sommes avides de savoir comment notre corps est constitué. Nous avons besoin de nous connaître. Cette connaissance entre dans notre construction personnelle et dans notre réalisation en tant qu’hommes. J’ai besoin de savoir qui m’a engendrée. Mon passé, si proche, m’appartient et personne n’a le droit de me le prendre et de décider que je n’ai pas le droit d’y accéder. C’est une amputation grave que de me priver ainsi de ce qui me constitue et m’appartient. C’est une violation de mon droit d’exister. Mais on me répond toujours que ce n’est pas important, que les liens sociaux sont plus forts que la génétique, que c’est la règle. Mais ces raisons sont celles d’autres personnes, et il s’agit de ma vie. Les liens sociaux n’ont rien à voir avec cette recherche. Qu’on me martèle des chiffres frôlant le manque de crédibilité, ça ne change rien. Qui donc peut me dire ce que je ressens, qui donc sait mieux que moi ce que je vis? Si en créant les premiers enfants anonymes, dont je fais partie, on n’a pas réfléchi à ce qu’ils pourraient ressentir, si on ne s’est pas dit que contrairement à des souris de laboratoire, ils réfléchiraient sur eux–mêmes, on ne peut plus le nier aujourd’hui. Si on le nie, l’erreur involontaire se transforme en crime. En parlant, je montre que le produit du procédé scientifique grandit et puis pense. On ne pouvait pas prévoir la souffrance que l’opération engendrerait, mais on ne peut pas non plus indéfiniment étouffer la voix de ses résultats, qui malheureusement ne restent pas des numéros.
En niant mon droit et ma souffrance, on nie mon existence et mon humanité. J’ai le droit de savoir d’où je viens et qui je suis. Mais d’autres décident pour moi. Dans des bureaux, dans des assemblées. Mais mesdames et messieurs, vous qui êtes si loin des maisons où grandissent les enfants–éprouvette, vous qui êtes si loin d’entendre et de vouloir entendre que nous existons, qui êtes–vous pour décider à ma place de la boîte qui contient toutes ces choses sur moi? Qui êtes–vous pour m’interdire de savoir qui je suis? Qui êtes–vous pour, d’un simple vote, me condamner à la frustration?
Qui êtes–vous pour décider que je ne saurai jamais? j’aimerais terminer par une phrase de Pascal à laquelle il me semble important de réfléchir: "Science sans conscience n’est que ruine de l’âme".

Laetitia
à Arthur (pendant sa grève de la faim fev 11)
De ma petite Belgique, j’observe ton combat depuis un certain temps déjà.
Je suis née à Liège, le 11 décembre 1985 grâce à deux parents très désireux d’avoir un enfant et probablement très courageux malgré le manque d’accompagnement psychologique mis à leur disposition pour faire face à la stérilité.
Ils vivaient une détresse face à leur désir d’enfant qui tardait à se concrétiser et ont rencontré un médecin du CPMA de Liège leur proposant une solution.
Plus précisément, une équipe de médecins, biologistes, infirmières et techniciens développent et proposent des traitements pour faire face à l’infertilité. Le traitement le plus adéquat concernant mes parents : l’insémination artificielle avec donneur anonyme.
A partir de là, mon parcours ressemble fort au tien. Avant ma naissance déjà, me voilà présentée comme un traitement.
Quelle responsabilité !
Mais quelle responsabilité?
Celle de permettre au couple de mes parents de s’investir dans la construction d’une famille correspondant aux normes de conformité de la société?
Celle d’être le traitement du couple de mes parents... le thérapeute alors?
Celle de respecter ce qui a été décidé lors de ma conception, lors de la sélection d’un donneur ressemblant à mon père (yeux, cheveux, taille, poids, groupe sanguin, etc.)... de faire "comme si"?
Celle de grandir et de vivre épanouie, heureuse d’être née sans jamais avoir envie d’aller voir ce qu’il se cache dans ce coffre–fort... car si cette envie survenait, le traitement serait–il toujours efficace? Serais–je toujours bien cette enfant désirée et conçue dans tellement d’amour?
Questions, angoisse, colères, non–dits ont fait partie de ma vie...
Cela me traverse très souvent l’esprit.
Et pourtant, si tout l’humour de la destinée humaine fait qu’aujourd’hui je deviens thérapeute de profession, je suis la thérapeute que j’ai choisi! Je me suis formée dans cette direction, je ne suis plus victime d’un rôle mais je fais le voeux d’être actrice de changements! En tant que femme de cette vie, je place mon rôle autour de l’humain, dans toute sa globalité et j’aime ce que je fais.
Ma pierre à l’édifice : communiquer à mon entourage !
Déconstruire ces idées préconçues et déprogrammer les peurs ou blocages enfuis en chacun afin de pouvoir aborder le sujet complexe du don de sperme (entre autres) de manière nouvelle, dans un échange riche en partage et neutre puisque moi–même, je n’ai pas de réponse évidente à donner face à toute cette complexité...
A ce propos, la vie n’a pas attendu l’homme pour se propager... elle ne s’arrêtera pas non plus avec lui...
Je suis disponible en Belgique pour tout enfant IAD éprouvant le besoin de partager son vécu ... .

Géraldine née en nov 79
J’ai une histoire assez particulière, étant doublement un "pur produit de la médecine" s’il est permis d’utiliser cette expression. Je suis une ex–grande prématurée, née à 6 mois et demi à peine de terme, élevée en couveuse. Par chance, je n’ai aucune séquelle et ma scolarité s’est très bien déroulée. Pendant l’adolescence, j’ai commencé à avoir un vrai "problème" avec mon père –que j’adorais toute petite– et il m’est souvent arrivé de lui lancer un peu brutalement : "T’es pas mon père !" lors de disputes qui ont jalonné mon adolescence... A 18 ans, coup de tonnerre : lors d’une de ces disputes assez habituelles –j’ai fait une vraie crise d’adolescence– ma mère nous dit que mon frère et moi ne sommes pas les enfants de celui qu’on a toujours cru être génétiquement notre père... Nous avons dormi dans la même chambre, cette nuit–là, mon frère et moi, et c’était vraiment très particulier comme sensation... Depuis tout s’est apaisé avec notre père mais c’est un sujet qu’on ne peut évoquer qu’avec notre mère... Elle nous a expliqué qu’elle avait voulu tout dire avant mais que ce n’était pas possible car mon père ne voulait pas, avait sa "fierté", ce qui peut se comprendre– surtout dans un petit village à la campagne... Je regrette pour ma part ce silence car j’ai maintenant beaucoup de mal à faire confiance aux gens... De plus, je n’aime pas le fait d’être pour moitié un point d’interrogation : certaines traits physiques (et de caractère ?) ne sont de toute évidence pas hérités de ma mère... Une simple photo et quelques infos (métier ?) suffirait peut–être à mieux sentir d’où je viens... Mon frère est quelqu’un qui parle très peu mais il m’a demandé une fois si nous étions bien frère et soeur. Je fais confiance à ma mère là–dessus mais je n’ai aucune certitude. Je trouve que c’est des choses qu’on devrait savoir, sans avoir à demander... C’est pourquoi je pense qu’on devrait avoir accès à un dossier minimal. J’ai bien un père mais je ne sais, et ne saurai jamais vraiment d’où je viens...

Raphaël MOLENAT, Vice Président Association PMA
Ecrire sur soi, se raconter, c’est une véritable épreuve que l’on préfère généralement remettre au lendemain. Aujourd’hui, je m’efforce de pratiquer cet exercice, conscient que la situation personnelle que je rencontre n’est pas commune, et peut, dans l’avenir, concerner de plus en plus d’enfants. A chacun son histoire : quant à moi, j’ai appris que mes parents avaient eu recours à la technique d’insémination artificielle avec donneur à l’âge d’environ 25–26 ans. Plus précisément, j’ai posé la question de ma conception, directement….
Depuis l’âge de 16 ans, sans savoir exactement pourquoi, je ressentais un trouble concernant mes racines, ma conception. J’ai entamé une psychanalyse à cet âge qui s’est achevée près de 10 années plus tard. Parallèlement, j’ai entrepris à cette période des études de droit qui m’ont conduit à devenir avocat aujourd’hui. Dans le cadre de ces études, j’ai suivi durant une année un troisième cycle de droit médical à Paris 8, me passionnant sur les questions d’éthique, notamment concernant les nouvelles pratiques médicales, la génétique…
Puis j’ai découvert ce que mes parents n’ont jamais réussi à me formuler d’eux même auparavant : ma conception à l’aide du sperme d’un donneur anonyme. Cette information m’a tout d’abord rassuré, car au fond de moi–même, je craignais d’être le fruit d’un viol ou d’une histoire particulièrement sombre et scabreuse. Avec le temps, je me retrouve confronté à l’impossibilité d’en savoir plus, d’avoir accès à des informations qui me concernent. Cette impossibilité fait naître en moi un véritable sentiment d’injustice.
Je me rends compte à quel point il est difficile de faire comprendre cette injustice.
Cette injustice prend sa source dans le système médical tel qu’il est mis en place à ce jour :
– un couple stérile demandeur d’enfant
– un donneur anonyme demandeur de don
– le corps hospitalier récepteur des demandes et acteurs,
– l’état, qui fixe le cadre des responsabilités de chacun.
L’enfant qui vient à naître cette relation quadrilatérale n’a aucun droit, ni le droit de savoir (c’est au bon vouloir des parents de dire ou ne pas dire), ni celui d’obtenir des informations concernant son donneur et avoir accès ainsi à une partie de ses racines composant sa propre histoire (anonymat obligatoire). Ne pas avoir accès aux informations concernant sa propre conception est une atteinte forte au principe de dignité humaine.
Les arguments qui restes présents aujourd’hui concernant le maintien de l’anonymat ne se fondent d’ailleurs pas sur l’ »intérêt de l’enfant ou le principe de dignité humaine : Ils sont d’ores comptables (nous n’aurons plus de donneurs) et fondés sur des peurs et des suppositions (cela risque de remettre en cause la paix des famille).
Par ailleurs, d’un point de vue plus juridique, l’anonymat ne permet pas à l’enfant de se prémunir de certaines garanties médicales, n’ayant pas accès à sa véritable histoire génétique.
En cas de problématique, de survenance d’une maladie rare, ou autres, celui–ci sera privé de tous éléments d’informations concernant son histoire génétique, pouvant ainsi mettre à mal une tentative de soins, voire de guérison.
L’homme que je suis ignore une partie de ce qu’il est, parce qu’il ignore une partie de ses racines, de son histoire, de ses origines. C’est plus qu’étrange de ressentir une part d’étranger en soi, surtout lorsque l’on regarde son pater familias, son propre père, et que lui aussi, ressent cette part d’étranger. La connaissance, le savoir, l’accès aux informations, permettrait de faire cesser ce sentiment d’étrangeté.
Le système IAD mis en place actuellement a un besoin très net de réalité.
Remettre de la réalité permettra d’éviter ces complications et ne donnera plus l’impression aux enfants nés de ces pratiques d’être le fruit d’un mensonge. La réalité, c’est aussi contribuer à la construction du monde de demain.
Dans une époque particulièrement perturbée, où les problèmes de stérilité augmentent considérablement, il y a lieu de s’interroger vivement sur le maintien d’un système fondé sur l’anonymat, permettant jusqu’à ce jour un flou total sur la réalité des actes médicaux effectués, sur le nombre d’insémination pratiquées à partir d’un seul don, et créant pour les enfants IAD, une situation indigne où ces derniers sont privés de leur dossier médical ainsi que de la connaissance des acteurs qui ont contribués à leur naissance.

F. 35 ans
Je suis née aussi par IAD...mais je souhaite témoigner de façon anonyme.
Malheureusement, mon père « officiel » n’a jamais assumé son infertilité et m’a rejetée, voir plus, car maintenant nous sommes même en justice car (je ne sais pour qu’elle raison), il a décidé de me créer le plus d’ennuis (le mot est faible) possibles tant au niveau familial que professionnel. C’en est arrivé à de l’acharnement.
Lorsque j’ai appris qu’il n’était pas mon père biologique, ça a été un choc mais il est resté mon «papa». J’avais 12 ans. Mais les choses se sont dégradées quand mes parents ont divorcé.
Je ne souhaite plus avoir de contact avec cet homme, je me suis même informée pour changer de nom et prendre le nom de ma mère car il n’est plus rien pour moi. Apparemment ce n’est pas possible (je suis belge, la législation ne prévoit pas "ce cas").
Moi, j’aimerais retrouver mon père biologique pour retrouver un père, un vrai ! Pas seulement biologique. Mais ce donneur, comme beaucoup, je suppose, ne voit pas les choses dans cette optique.
Quand je lis les témoignages, je trouve que ces enfants nés par IAD ont de la chance d’avoir un père «de cœur».

Fanny Née en 81
Notre naïveté lorsque l’on est enfant nous faire croire n’importe quoi...
Ma mère me disait toujours « on a eut du mal à faire des enfants et puis un jour, on a réussit, on a trouvé le mode d’emploi ». Le mode d’emploi en fait, c’était l’IAD.
J’ai toujours eut des doutes concernant ma conception et a 17 ans j’ai eu la réponse en tombant sur des documents qui parlaient de paillettes de spermatozoïdes…
Cela ne m’a pas étonné mais a soulevé en moi un certain nombre de questions. A cette époque je commençais à constituer mon arbre généalogique, du coup j’ai vite arrêté car je ne voyais pas l’intérêt de n’en connaître que la moitié.
Je ne veux pas retrouver un « père », puisque j’en ai déjà un que je ne changerais pour rien au monde, mais je voudrais pouvoir me reconnaître dans le visage ou le caractère de mon donneur.
J’ai l’impression d’être à moitié « vide », il manque une partie de mon passé, de mon histoire et j’en souffre. Aujourd’hui j’ai un petit garçon d’un an et je souhaite que plus tard il puisse remplir en entier son arbre généalogique.

Pauline, 22 ans
Mon histoire est aujourd’hui un tel poids car elle est faite d’un cumul, d’une superposition de blessures. Je suis l’aînée de ma fratrie, je suis une enfant IAD. Ma sœur cadette est aussi une enfant IAD, du même donneur. Puis, le miracle de la nature à fait naître mon frère, 2 ans après ma sœur. En 4 ans, mes parents ont eu 3 enfants, allant de désespoir, en grande surprise. Le couple de mes parents n’ayant pas survécu à de nombreuses tempêtes, ma mère à refait sa vie avec un homme ayant 2 enfants, sensiblement du même âge que mon frère et ma sœur. Il y a donc de nombreux degrés dans ma filiation! Voici, le premier aspect de mon histoire. Le second est: mon "père". L’utilisation des guillemets est réfléchie. Il a effectué 2 démarches dans sa vie: il a souhaité l’IAD et il m’a donné son nom. Fini! Il n’a jamais assumé l’IAD, il ne nous jamais véritablement accepté, cela le renvoyait certainement trop à son infertilité qu’il vivait comme une son inutilité, une faiblesse. Bien sur, mon frère, en véritable messie (!) avait un traitement de faveur de sa part. Mon père a donc lentement mais sûrement sombré dans son désarroi, sans jamais montrer une once d’investissement auprès de nous.
Jusqu’au jour où... Un soir de grande ébriété, dans une grande violence verbale, il m’a dit l’indicible: "tu n’es pas ma fille". S’en était trop pour ma mère, qui le lendemain demanda le divorce. En plus de ne pas nous avoir acceptées, il nous rejetait maintenant. Elle ne l’a pas supporté. Chose dramatique pour lui, il a perdu la confiance de mon frère, son fils naturel, dans la bataille.
L’IAD ajoutée à l’histoire douloureuse de mon père ont rendu nos rapports familiaux toxiques. Je ne parle volontairement pas de lien, car un lien est censé unir, par définition… or nous n’avons fait que nous délier. Aujourd’hui les contacts sont rompus et ce fut un choix de ma part. Désormais, il n’y a plus l’atmosphère lourde et inhibante du secret, "du fantôme dans le placard !". Nous pouvons dialoguer, ma mère, ma sœur et moi. C’est frileux mais ça vient ! Pour ce qui est de mon frère, c’est là que le bas blesse. Il ne sait toujours pas la différence qui réside en nos venues au monde. J’en veux a ma mère, et elle le sait, de faire de cela un tabou entre nous. Mon frère a aujourd’hui 18 ans : il est capable d’entendre. Ma mère attend "le bon moment", mais il n’existe pas de bon moment. Il faut le provoquer !
Me voilà, donc aujourd’hui face à ce double vide, celui du donneur et celui du "père" symbolique absent. Je sais bien que cette place n’est plus à pourvoir! Il est trop tard! Alors, je poursuis ma thérapie, pour, d’une part, élaborer ma conception des hommes en ce bas monde, et d’autre part pour étayer cette question centrale de l’identité qui se lit dans le miroir, ce manque évident d’assurance...
J’aspire à être une femme, une femme complète.

Anne 26 ans
Mon père me l’a annoncé le jour de mes 21 ans.
Certainement gardait–il en mémoire en bon militaire qu’à l’époque la majorité était à 21 ans. ..
Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai eu, l’espace d’un instant, un voile noir comme un "reset", je ne savais plus où j’étais. Pour la première fois, je n’avais plus mon père biologique en face de moi mais un père adoptif.
En une fraction de seconde, et le choc passait, je me suis mise à sa place… et en le regardant, il me semblait autant soulagé que désolé.
En 21 ans j’avais acquis des points de repères, qui en un instant n’avaient plus lieu d’être. Le plus difficile c’est de savoir que je ne saurai jamais qui est mon "père", car pour moi il n’est ni un géniteur, ni un donneur... c’est mon père, biologique évidemment, mais mon père tout de même. On nous inculque depuis notre plus tendre enfance que la petite graine du papa rencontre celle de la maman et nous donne la vie. De ce fait je ne peux pas ne pas considérer la petite graine comme celle de mon père...et ça n’est pas un problème psy, ni un manque paternel et encore moins un reniement du père qui a toujours était là ! C’est juste une réflexion logique : on naît d’une mère et d’un père et non pas d’un "donneur" (sous prétexte que l’on ne le connaît pas ! ). Je suis née de cet homme, je porte en moi une partie de lui ! J’ai des demi–frères et demi–sœurs, des oncles et tantes, des cousins et cousines quelque part, et ça je ne peux pas l’ignorer ! Mes parents sont enfants uniques…
On m’a privée d’une partie de mon passé, de ma vie et de moi–même. Et ce, sciemment, par une forme d’égoïsme, parce qu’au fond mes parents savaient très bien que jamais je ne pourrais savoir qui est réellement l’homme à qui je dois la vie. Leur désir d’enfant était plus fort que mon bonheur. Je ne les condamne pas, je fais juste un constat de faits objectifs.
J’ai de bonnes relations avec mes parents, ils sont quoiqu’il arrive mes parents.
Ce sont eux qui m’ont élevée… mais leur amour ne comblera jamais mon manque d’identité.
Je ne suis pas seule dans cette situation, j’ai un frère cadet, dont je suis très proche et très protectrice il est issu du même donneur : nous avons les mêmes gênes, ceux de notre mère et ceux de notre père anonyme. Je puis vous assurer qu’après cette révélation, mon frère a pris une importance "capitale", il est le seul "acquis" sur lequel je me sois construite qui n’ai pas été faussé !
Aucun enfant ne demande à venir au monde et aucun ne choisit ses parents. Mais comment peut on décider à sa place et lui demander de grandir sur des données faussées… pire, secrètes ?
Comment admettre que le désir de ses parents l’emporte et le condamne avant même qu’il ne vive. C’est contre nature !

Barry STEVENS - Canada
En Angleterre au début des années 50, j'ai été conçu dans le plus grand secret, par insémination artificielle avec sperme de donneur anonyme. Il y a quelques années, j'ai commencé à rechercher cet homme ainsi que les quelques centaines de demi-frères et soeurs que je pensais avoir. J'en ai trouvé quelques-uns, ce qui fut une des expériences les plus heureuses de ma vie. J'ai réalisé un film relatant cette recherche, appelé Offspring.
A cette période, j'ai découvert tout un réseau de personnes concernées par les inséminations avec donneurs. Nous tous, ou presque, avons le sentiment très fort d'avoir été délibérément privés d'informations importantes nous concernant. Nous pensons que nous avons le droit de savoir qui sont nos parents biologiques. Savoir d'où l'on vient est important.
C'est important sur le plan médical. Et c'est important sur le plan personnel. Le climat de secret et de mensonge qui règne autour des conceptions avec sperme ou ovocyte anonymes, génère un sentiment de honte.
Le secret est un dogme désuet qui a des répercussions négatives pour nous tous.
Dans le futur, on ne devrait accepter les donneurs qu'à condition qu'ils acceptent d'être identifiés quand leur progéniture atteint l'âge adulte. Des mesures légales pourraient les protéger financièrement et personnellement.
Préserver l'intimité des donneurs est normal, mais interdire l'accès aux origines ne l'est pas.

Caroline 26 ans
Je m'appelle Caroline, j'ai 26 ans et je suis une enfant IAD.
J'ai été mise au courant des origines de ma naissance à l'âge de 19 ans, origines justement un peu floues à présent!
Lorsque cette nouvelle m'est tombée sur le coin du nez, j'étais très bouleversée mais cela n'a, en aucun cas, changé quoi que ce soit en ce qui concerne la position de mes parents, qui m'ont élevée comme tout parent.
Malgré tout l'amour qu'ils m'ont donné, il me manque une chose qui peut paraître insignifiante aux yeux des autres, mais la plus importante à mes yeux : qui suis je ?
D'où me viennent les dons artistiques que personne ne possède dans ma famille ?
Cette origine mystérieuse me permettrait sûrement d'y voir un peu plus clair et de trouver des réponses aux multitudes de questions qui trottent dans ma tête...
Je ne souhaite pas forcément rencontrer le donneur mais connaître simplement quelques renseignements sur son physique, ses goûts, ses activités.
J'aimerais pouvoir un jour lui envoyer un message. Non pas pour m'imposer dans sa vie, mais simplement pour le remercier de ce don merveilleux qui m'a permis de voir le jour.

Virginie 26 ans
Je suis née il y a 26 ans d'une IAD.
C'est à l'âge de 10 ans que je l'ai appris. Cette "révélation" n'a pas boulversé mon existence: mon père restait mon père, et il le reste toujours.
C'est lui qui avait un projet parental, lui qui m'avait desiré avec ma mère.
Aujourd'hui, c'est à mon tour de souhaiter donner la vie. Cela me ramène forcément à ma propre histoire...
Je suis née d'une histoire d'amour, mais aussi d'un acte de générosité. Cet homme a permis à des couples de réaliser leur voeu le plus cher: devenir parents.
L'histoire de ce don est intimement liée à mon histoire.
J'aimerais rencontrer cet homme, lui demander ce qui l'a amené à faire ce don et le remercier. Ni plus, ni moins.
Il n'est pas mon père. Mon père est décédé à mes 18 ans. Je ne recherche pas un père de substitution comme certains peuvent le penser. Encore une fois, j'aime mon père, c'est à lui seul que je pense tous les jours.
Si je rencontrais le donneur, je le remercierais aussi de la part de mon père.
Cet homme nous a permis de vivre une belle histoire de famille.

Arthur 24 ans
"Elle a posé son regard sur moi, une seconde, j'ai détourné les yeux, une seconde, j'ai rougi,
elle est très jolie, elle est brune, comme moi, un peu grande, longiligne, un petit nez qui fait rire, un peu comme le mien...
elle me ressemble.
Assise sur la banquette en face de moi je la regarde attentivement, elle sourit...
Le métro continue sa cavalcade, les gens descendent, les gens montent, je ne la quitte plus des yeux,
mais oui mais...
je pourrais être son demi-frère... et lui là derrière... notre "père"... notre donneur...
il nous ressemble, cheveux brun, même nez, même silhouette longiligne.... attend, minute Arthur, tu délires !
tous les hommes que tu rencontres ne sont pas tes géniteurs...
mais oui mais... j'aimerais savoir...
parce que moi je suis bien content d'être là ! "

Hugo 29 ans
Après avoir recherché sur le net des informations concernant les naissances par insémination artificielle, j'ai eu la chance de découvrir une association oeuvrant pour la levée de l'anonymat des donneurs de sperme. J'ai appris à l'âge de 24 ans par mes parents, ma naissance grâce au procédé d'IAD.
Ma famille à vécu pendant trop d'années avec ce secret, trop lourd à porter et bien évidemment préjudiciable pour nous tous.
Je pourrais vous faire part de nombreux détails durant mon enfance qui m'ont amené a me poser un bon nombre de questions par rapport aux ressemblances avec mon père, mais cela reste de l'ordre de l'intimité.
Cependant j'ai grandi tout en sachant inconsciemment ce secret.
Je trouve normal de permettre à des couples d'avoir accès à cette chance d'avoir un enfant à la seule et unique condition que l'enfant ait lui aussi un droit : celui de connaître ses origines.
Après avoir appris la spécificité de ma conception, je me suis rendu au CECOS de Bordeaux, pour demander des informations concernant le donneur. Un professeur m'a aimablement reçu mais n'a pas pu répondre à ma demande.
Il me semble important que les futurs enfants nés par IAD puissent grandir dans la vérité et accéder leur origines afin d'évoluer dans un environnement propice à leur épanouissement.

Arnaud
j'ai fait un rêve...
sûrement égoÔste
mais si il ne l'étais pas
ce ne serait mon rêve
celui ou la vie serait si chère
si chère pour nous tous
que nous aurions un pouvoir
un seul et unique pouvoir
non pas qu'il nous serait donné
ni vendu
mais seulement délivré
sur la seule base de sa simplicité
tel, narcisse, au fil de l'eau
moi, je ne vois que des nuages
effleurés par le vent
ils bougent, tels des montagnes
me renvoient a mon chaos
alors dans l'ombre de moi même
et des voiles flottant sur mon identité
j'utiliserai ce pouvoir
et de sa douloureuse simplicité
je donnerais le droit
à toutes ces larmes
pouvoir de s'évacuer
pour que la vie si chère
à tous ces couples IAD
se rappellent qu'il n'y a qu'un rêve
celui de la réalité
de leur infertilité

Olivia Pratten - Née en 1981 - Canada
J'ai été conçue grâce à un don de sperme anonyme et je vais expliquer pourquoi je m'oppose fortement à l'anonymat des donneurs, comme toutes les autres personnes que je connais qui ont été conçues grâce à des dons de gamètes.
Je ne considère pas le donneur comme mon père, mais il a néanmoins un lien biologique avec moi. Ce qu'il représente à mes yeux est extrêmement personnel. Personne n'a le droit de décider à ma place de ce que je devrais ou ne devrais pas ressentir à son égard. Depuis ma plus tendre enfance, j'ai toujours voulu savoir qui il était. J'avais l'impression d'être au centre d'un casse-tête dont il manquait certains morceaux. J'avais besoin de ces morceaux pour comprendre l'ensemble du tableau.
J'ai du mal à imaginer comment certains peuvent prétendre qu'il est anormal de vouloir connaître ses origines ou encore de dire que ceux d'entre nous qui veulent des changements sont une minorité. Si personne ne s'intéressait à ses origines, la généalogie n'existerait pas et les pratiques relatives à l'adoption n'auraient jamais été modifiées. Les historiens disent souvent qu'on ne peut pas savoir où l'on va à moins de savoir d'où l'on vient. Il n'est pas acceptable de traiter les dons de gamètes comme des dons d'argent anonymes que l'on fait aux organismes de charité à NoÎl.
Le sperme ne sauve pas le sperme; il crée la vie.
Seuls les donneurs qui sont prêts à être identifiés lorsque l'enfant aura atteint l'âge de la majorité devraient être acceptés. Des donneurs parfaitement consentants responsables et prêts à rendre des comptes doivent devenir la norme de la communauté médicale et du gouvernement qui devrait d'ailleurs les assujettir à des règlements.
Je suis choquée que la naissance d'enfants résultant d'une aventure, d'une liaison extraconjugale, soit la justification dont certains ont besoin pour justifier le maintien d'un système de don de gamètes anonyme. Jusqu'où ira-t-on pour excuser cet acte irresponsable?
Je prononce des discours à des conférences sur les donneurs depuis l'âge de 15 ans et je puis vous dire que le nombre de gens qui apparaissent comme par miracle croît non seulement au Canada, mais à l'échelle mondiale. On nous a souvent répété que, comme les enfants adoptés, nous devrions être reconnaissants. Si tel est le cas, pourquoi me prive-t-on de la possibilité de remercier le donneur pour ce don de vie?
J'aime le père qui m'a élevé, mais cela n'efface pas en moi le sentiment de n'être l'enfant de personne. En termes clairs, le fait de ne jamais pouvoir voir le reflet de cette personne sans visage et sans nom dans mes traits ou ceux de mes enfants est un boulet que je traînerai toute ma vie.

Bill CORDRAY - USA - né en 1945
La définition d'adopté ne me correspond pas réellement.
Mes parents ne m'ont pas légalement adopté. Ma mère ne m'a pas confié à une autre famille. Néanmoins, j'ai me suis longtemps considéré comme "émotionnellement adopté".
Comme un adopté, je ne connais pas mes racines. Enfant, j'ai vécu avec des secrets et des mensonges. Adolescent, je me suis construit une identité confuse.
En tant qu'adulte, je ressens de la colère devant le pouvoir de l'institution arrogante qui me refuse l'accès à ma propre généalogie.
Comment me décrire et qui suis je ? Il n'y a aucun qualificatif satisfaisant pour décrire des personnes comme moi. Aux USA, le corps médical nous avait étiquetés "AID children" abréviation de "issus d'insémination artificielle par donneur". Puis nous sommes devenus "DI children" pour éviter la confusion terrifiante avec les initiales AIDS du SIDA. Encore plus tard, nous sommes devenus "les progénitures" et finalement des "issus des techniques d'aide médicales à la procréation" ou "bébés éprouvettes" ou même "spermees". Toutes ces étiquettes ont contribué à nous déshumaniser, à nous classer dans un groupe d'individu à part, dont les droits fondamentaux sont bafoués. Je veux crier comme Elephant Man "je suis un être humain"!
La vérité de ma conception m'a été dévoilée à 37 ans, quelques jours après la mort de mon plus jeune frère, issu lui aussi d'un don de sperme. Mon père était décédé un an plus tôt.
Un gynécologue expert en infertilité, avait à l'époque convaincu mes parents que je n'avais pas besoin de savoir la vérité, que je ne suspecterai jamais ce secret de paternité, et que le donneur devait rester anonyme pour toujours.
Alors, mes parents qui souffraient déjà de leur infertilité ont porté ce secret : un lourd fardeau bien inutile. Ils ont sincèrement cru nous protéger, moi et mes deux autres frères conçus par des DI.
Après avoir passé de longues années à essayer de persuader le corps médical de la légitimité de notre besoin d'origine, nous avons admis que seuls, nous n'y parviendrions jamais. Alors nous avons alerté les médias, et sans rel‚che, nous avons été à la télévision, avons fait des émissions de radio, parlé avec des journalistes de la presse écrite, participé aux groupes de soutien d'infertilité et aux conférences médicales.
Notre but est de persuader lǃôopinion de la similitude entre notre situation et celle des adoptés :
nous ne portons, certes, pas la douleur de lǃôabandon mais comme les adoptés, nous voulons être libre de pouvoir connaître nos origines.

Alicia 20 ans
Il y a 20 ans, j'ai été conçue grâce à un don de gamétes.
Mes parents ne regrettent rien car ils m'aiment et pour moi ce sont MES parents.
Il faut bien faire la différence entre parent et géniteur.
Nous ne demandons pas de nouveaux péres mais juste un morceau de notre histoire.
Mes parents me l'ont dit tout de suite, ce qui m'a permis de vivre avec et de l'accepter.
Mais je ne vous cache pas qu'il est trés difficile pour moi d'en parler.
J'ai toujours l'impression d'un manque, d'une solitude que je n'arrive pas à combler.
Pour mon pére il est difficile de comprendre ce que je ressens. Pour lui c'est un peu une trahison, il a peur que je cherche un nouveau pére et ce n'est pas le cas.
Vous savez, être issue d'un don ne fait pas grande différence car mes parents m'ont voulue du plus profond de leur coeur et une personne a contribué à leur bonheur.
Je trouve cela admirable et je les remercie du fond du coeur. Mais pourquoi ne pas dévoiler leur gentillesse pour que l'on ait enfin quelqu'un à remercier ?
L'amour est le fruit de tous ces dons alors ne le gâchez pas en flirtant avec le secret car sachez qu'il est difficile de vivre, d'aimer, de s'épanouir, en ayant un trou dans sa vie.
Je veux juste écrire le début de mon histoire, sans X autour de ma naissance.

Clément 18 ans
Le bonheur que peut apporter la naissance d'un enfant dans un couple est immense; mais il crée aussi beaucoup de problèmes comme un lourd secret à garder.
Les médecins ont pensé aux couples mais pas aux conséquences que cela pourrait avoir sur les enfants.
Je suis né grâce a un don de sperme.
Mes parents m'en ont informé à l'age de 12 ans. Cette révélation a changé ma vie !
A l'heure actuelle, mon histoire s'arrête là car le don est anonyme.
Une partie me manque pour me construire, c'est comme un puzzle dont j'aurais perdu les pièces centrales.
Ce qui très dur, c'est que les informations existent mais ne peuvent m'être délivrées.
Même si les liens affectifs sont plus fort que les liens génétiques, j'aimerais avoir des informations sur le donneur. Mon souhait n'est pas de le rencontrer car il a sa propre vie, mais d'avoir des renseignements sur son physique et ses activités.
Parce que ne pas avoir accès à ses propres origines n'est plus possible, cette association existe.
Victoire 24 ans
L'année de mes 18 ans, j'ai appris une nouvelle qui a bouleversé une partie de ma vie.
Un jour, mes parents nous ont rassemblées mes deux soeurs et moi pour nous parler.
Les phrases ont été les suivantes : "Papa est stérile, papa n'est pas papa, vous êtes nées par insémination artificielle avec donneur".
Tout s'écroule.
Mes soeurs et moi étions sous le choc. Ma soeur cadette a qui on avait dit pendant 15 ans qu'elle ressemblait a mon père a lâché dans la minute qui suivait : "Je suis donc l'exclue, je ne ressemble à personne !"
Pendant une semaine je n'ai pas pu me regarder dans un miroir : "Qui je suis ? D'ou je viens ?" Tout devient flou, à en arriver à se rabaisser : "Je ne suis pas normale "
Mais la question qui demeure après quelques années est toujours: Qui suis je.
Je ne recherche pas un papa ni un père loin de là.
Je veux juste comprendre. Me comprendre. D'oô je viens. Connaître mon patrimoine génétique. Ne plus redouter la question inévitable du médecin : "vos antécédents familiaux ??"
Je ne cache pas que je donnerais n'importe quoi pour avoir une photo, pour m'identifier, peut être me comprendre tout simplement !
Quel métier fait il ?Qu'est ce qui l'a poussé à faire ce don ?
Toutes ces questions deviennent une torture.
Quelles frustrations de savoir que les CECOS ont derrière leur guichet les réponses à nos questions, et qu'ils ne les donnent pas !
Peut être que bientôt ces souffrances cesseront grâce à l'association PMA.
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